FALL OF BLOSSOM,
LA DEFLORAISON



Kurogane se réveilla lorsqu’il entendit des murmures et des bruits de pas dans l’escalier.

Etait-ce le gamin qui rentrait à cette heure-ci ?
Avait-il réussi à récupérer la plume ?

Mokona dormait paisiblement les quatre pattes en l’air avec Fye dans le futon d’à côté et n’avait pas bronché une seule fois.

A se demander à quoi servait réellement cette fichue bestiole si ce n’était dormir et manger.

Il se leva et jeta un coup d’œil furtif par l’embrasure de la porte de la chambre, mais l’inconnu avait déjà disparu dans celle où dormait la Princesse.

Le guerrier s’approcha silencieusement et tendit une oreille indiscrète pour distinguer les sons qui émanaient de la pièce plongée dans l’obscurité.

Il ne perçut que les auras des deux êtres qui se trouvaient à cet endroit, soit effectivement Shaolan et Sakura.

Il s’apprêtait à se recoucher lorsqu’il crut ressentir une troisième aura, juste l’espace de quelques secondes.

Cette étrange sensation se volatilisa aussi vite qu’il n’eut le temps de se retourner pour fixer la porte close de la chambre feutrée.

Quelque chose n’allait pas.

Il ne savait pas encore quelle était la raison de ce mauvais pressentiment qu’il éprouvait à l’instant, mais il était certain qu’un évènement anormal s’était produit pendant la nuit.

Tenaillé par la fatigue de leur périple, Kurogane décida quand même d’aller se rendormir.

Il aurait tout le temps d’y songer demain matin.



La Princesse s’était à moitié réveillée pendant le trajet et heureusement pour Shaolan qui n’aurait jamais pu la reconduire jusqu’à la maison de Monsieur Kinomoto et encore moins jusqu’à sa chambre sans son aide.

Les idées encore confuses, elle n’avait même pas trouvé curieux qu’il ne reconnaisse pas le chemin du retour.

Il l’allongea sur le futon et s’agenouilla à ses côtés alors qu’elle sombrait de nouveau dans un sommeil profond.

Le sourire qui prenait naissance sur ses lèvres par moment démontrait que ses rêves devaient lui être très agréables.

Elle avait le visage serein et le cœur confiant en l’avenir.

Il avait observé leur étreinte avec un léger pincement au cœur, lui qui ne connaîtrait jamais plus ce bonheur.

Né pour tuer, il ne pouvait désormais plus attendre quoi que ce soit de la vie et avait proscrit le mot « souhait » de son esprit.

La Sorcière des Dimensions lui avait pris le seul qu’il n’ait jamais eu, en échange de son appui dans la réalisation de sa tâche.


« Quel est ton souhait ? lui avait-elle demandé lors de leur première rencontre.
– Je dois exécuter celle qui sera la dernière à porter dans son dos ces plumes maléfiques et empêcher à jamais l’éventualité d’une autre délivrance satanique.
– Je ne parle pas de ce souhait là, mais de celui qui est enfoui au plus profond de ton être. Celui que tu avais escompté concrétiser dans ton ancienne vie et auquel tu t’accroches encore aujourd’hui. Celui pour lequel tu t’es bercé d’illusions et qui ne peut se conjuguer à ton actuelle mission. »

Elle avait lu dans ses yeux le désir de vivre une vie normale avec la femme de ses pensées.

Une vie qui serait riche de joies et de tristesses mais qu’il ne se lasserait pas d’apprécier.

Une vie qui aurait été comblée par la venue d’un enfant, lui permettant de transmettre fièrement ses gênes et de voir sa progéniture grandir sous son regard bienveillant.

Une vie d’amant, de mari et de père.

Une lueur d’espoir pour adoucir son calvaire.

Une vie ordinaire comme n’importe quel être humain sur terre.

Il est possible de soustraire sa liberté à un homme mais non sa force d’espérer, car c’est le propre de chacun et c’est ce qui nous permet d’affronter notre destin.

Cette Espérance nous aide à surmonter nos chagrins et nous aide à choisir le meilleur chemin.

Sans elle, la vie ne serait qu’un interminable tunnel dénué de clarté dans lequel nous avancerions de façon régulière en attendant notre heure dernière.

Cet Espoir était la seule chose que Shaolan possédait réellement jusqu’à ce que la Sorcière des Dimensions décide de s’en emparer.

C’était son bien le plus précieux et il lui avait fallu le céder pour l’accomplissement de son vœu.

« Tu requiers mon concours pour exhausser ton souhait, mais sache que c’est ainsi que cela se paie. Tu souhaites ôter la vie, tu devras donc m’en verser le prix. De ta volonté criminelle tu seras en mesure de l’éradiquer, mais de ton enveloppe charnelle jamais plus tu ne pourras engendrer. Ta Foi en l’avenir sera mienne puisque tu souhaites lui arracher la sienne. »

Espoir envolé et rêve brisé, seules la détermination de conclure cette mission et de mettre un terme à ses affres résidaient dans son cœur meurtri par cette vie qu’il n’avait pas choisie.

Maintenant qu’il avait usurpé la place de son double imposteur, il ne lui restait plus que l’opportunité de revoir son aimée pour lénifier son malheur.

Il regarda la Princesse et balaya quelques mèches dorées qui voilaient son visage assoupi.

Au moins pouvait-il encore un peu profiter de cette vie qui s’était dérobée à lui en laissant libre cours à ses envies.



Sakura se reposait tranquillement, récupérant de ces quelques fragments de mémoire tout juste retrouvés.

La plume récemment acquise lui avait fait se souvenir d’une scène exquise et la réminiscence de cet instant sensuel la faisait rêver à présent que les bras de Shaolan l’entouraient d’une chaleur éternelle.

Il parcourait son corps de ses douces mains et l’enlaçait tendrement.

Les fantasmes d’une union voluptueuse commençaient à germer dans son esprit de jeune femme amoureuse.

Mais un frôlement sur sa joue l’éveilla soudainement.

Elle ouvrit lentement les yeux et découvrit le sourire de son aimé qui se tenait à ses côtés.

« Shaol… »

Il posa un doigt sur ses lèvres lui indiquant de ne plus rien prononcer et se pencha pour l’embrasser.

Ce baiser entreprenant et plus suggestif que le précédent la fit rougir malgré elle.

Puis l’amant impudent défit avec célérité le bustier de la demoiselle, dont les joues s’étaient entièrement imprégnées d’une couleur vermeille.

Ses mains trop pressantes s’emparèrent de sa chaste poitrine et ses lèvres impatientes tourmentèrent sa peau délicate et fine.

Il entreprit d’effleurer l’intérieur de ses cuisses lorsque la jeune fille réfréna son ardeur.

Elle lui fit comprendre d’un regard implorant qu’elle n’était pas prête à franchir ce cap, mais Shaolan n’en tint pas compte et se prépara à passer à l’acte.

Il lui prodigua des caresses plus intenses et précises pour la décontracter et finit par écarter les vêtements qui couvraient et séparaient leurs intimités respectives.

Puis il chercha à tâtons l’entrée de ce temple extatique pour s’y engager et se hissa sur ses bras tendus de chaque côté du corps de sa compagne lorsqu’il l’eut trouvée.

Il se glissa dans cette voie encore inexplorée avec vigueur, arrachant à la jeune déflorée un retentissant sanglot de douleur.

Elle lui comprima les hanches de ses cuisses tant le geste brutal lui avait fait mal.

Le garçon pouvait sentir son stress et décida de lui témoigner un peu plus de tendresse pour diminuer son anxiété avant de continuer.

Il l’embrassa tout en caressant sa poitrine, ne mêlant ni amour ni passion dans ce baiser sans conviction.

Lorsqu’il la perçut plus détendue, il éloigna ses cuisses enserrées autour de lui qui avaient accentué sa souffrance en contractant son intérieur et les releva délicatement de ses bras cajoleurs.

Ses quelques douceurs eurent l’effet escompté en relaxant la Princesse dans ces ébats qui étaient pour elle les premiers.

Enfin, il débuta la délicieuse cadence érotique dans un mouvement intense et frénétique.

Shaolan réprima les gémissements perçants de son amante forcée en collant ses lèvres sur les siennes pour ne pas éveiller toute la maisonnée.

Il savait que sa douleur était toujours constante, mais il sentait qu’elle s’abandonnait progressivement à la concupiscence qui envahissait lentement son être.

Elle l’étreignit tendrement et commença à aimer cette union charnelle de plus en plus enflammée par le désir de son bien-aimé.

Puis il enfouit son visage dans le creux de son cou pour étouffer la jouissance de son plaisir.

Sakura sentit les battements précipités du cœur de son ami contre sa poitrine et apprécia le souffle chaud de ce dernier sur sa peau dénudée.

Il releva la tête et déposa sur ses lèvres un baiser affectueux pour la remercier de cet instant luxurieux partagé et s’allongea à ses cotés en l’enlaçant.

La jeune fille le regarda s’endormir et effleura délicatement son visage.

La dernière fois qu’elle s’était éveillée près de lui, il lui avait semblé que sa peau était plus profondément marquée par d’infimes petites cicatrices qui résultaient des anciens combats qu’il avait pu mener.

Etait-ce l’alcool ingurgité la veille qui avait faussé sa vision à son réveil ?

Elle commença alors à pleurer en silence, déçue de cette première expérience sexuelle qu’elle avait espérée plus passionnelle.

Puis elle cessa de se torturer l’esprit et finit par s’assoupir elle aussi, timidement blottie tout contre lui.


*
* * *
*


Le lendemain matin, Fye et Kurogane observèrent minutieusement le jeune couple nouvellement formé.

Ils s’échangèrent un regard suspicieux car ils avaient tous les deux entendu leurs ébats nocturnes et trouvaient étrange la soudaine ardeur de Shaolan, lui qui précédemment osait à peine la toucher.

Ils se doutaient de ce qui s’était passé dans la maison de Mademoiselle Li et furent réellement surpris de l’audace du jeune homme de réitérer aussi vite et sans gêne cet acte charnel, même si ce n’était pas sa volonté propre qui l’avait incité à s’unir à la fille de Monsieur Kinomoto.

De plus, le guerrier avait fait part au magicien de sa perception furtive d’une aura étrangère provenant de leur chambre la nuit dernière.

Fye l’avait perçue lui aussi mais ne connaissant pas son origine, il ne préférait pas se prononcer sur ce détail inquiétant.

Jusqu’au départ, Shaolan resta égal à lui-même et à l’image ce qu’il avait toujours été : la galanterie et la serviabilité incarnées.

Il entourait Sakura de toute son affection et s’attachait à prévenir le moindre de ses besoins.

Mais cette démonstration de sentiments ne suffit pas à convaincre les deux aînés, qui redoutaient qu’un évènement crucial ne se soit déroulé à leur insu.



Shaolan interprétait son rôle d’amoureux transi à merveille mais il comprit qu’il lui faudrait redoubler d’effort pour ne pas être démasqué avant que sa mission ne soit achevée.

Il accompagna ses nouveaux compagnons faire leurs adieux aux villageois allant même jusqu’à faire semblant de s’étonner de l’absence de Mademoiselle Li.

Absence qui au fond le soulageait car il n’avait pas à mimer l’embarras que son clone aurait certainement ressentie en la voyant une dernière fois.

Le petit groupe s’était rassemblé et s’apprêtait à quitter ce monde, mais alors que Mokona usait de ses pouvoirs pour les transporter vers une autre dimension, le corps de Shaolan se figea brusquement.

Il sentit son éveil.

L’éveil de la Dernière Plume reconnaissable entre toutes par sa puissance démesurée et terrifiante.

Elle était là depuis le début et il ne l’avait pas perçue.

Elle avait élu résidence dans ce double qu’il avait évincé sans ménagement et le ramenait petit à petit à la vie.

Il se maudit lui-même de son incompétence et se résigna furieusement à partir de cette terre sans avoir eu le temps d’agir.

Malgré tout, une chose réussit à tempérer sa rage : il reviendrait bientôt fouler le sol de ce monde et éliminer définitivement ce faux jumeau dont l’essence vitale ne reposait plus que sur cette plume cardinale.

Il ferma les yeux en songeant au plan qu’il devait maintenant élaborer et se laissa glisser dans le tunnel dimensionnel qui l’amenait vers une autre destinée.



Au même instant, une jeune veuve attristée parcourait lentement le sentier qui conduisait à sa maison.

Elle n’avait pas voulu rencontrer de nouveau le regard de ce jeune homme qui lui avait permise de retrouver son bien-aimé, car elle ne s’était pas encore remise de ces retrouvailles si vite terminées.

Un gémissement provenant d’un buisson attira son attention.

Elle s’approcha du feuillage et distingua avec horreur le corps sans vie d’un homme gisant là.

Mais lorsqu’elle vit l’inconnu se redresser péniblement sur ses bras, elle comprit qu’elle faisait erreur et s’empressa de lui porter secours.

Mademoiselle Li s’agenouilla près de lui et resta interdite en découvrant l’identité de ce visage tuméfié et ensanglanté.

« Shaolan ?!! Mon Dieu ! Mais que t’est-il arrivé ?!! »

Ses yeux étaient dénués d’expression humaine et n’affichaient plus qu’un vide glacial.

Pour répondre à son inquiétude, il tendit une main assurée vers elle et entreprit de l’étrangler.

Elle commença à suffoquer, les doigts se resserrant violemment autour de son cou mais elle put l’entendre dire d’un ton acerbe avant de s’évanouir :

« La Porteuse. Où s’en est-elle allée ? »






Mot de l’auteur:

J
e ne sais pas si cela vous aura plu, mais je l’espère en tout cas.
Laissez moi des commentaires (pleeeeeeaaaaaaaaseeeee) et merci beaucoup de votre lecture !

Attention: 
Je tiens à préciser que dans le dernier chapitre publié au Japon, les Clamp ont aussi créé une plume que Mokona n’arrive pas à ressentir, tout comme l’est ma Dernière Plume.

Je n’en ai pas copié l’idée, la date de parution de mes chapitres qui en relatent (# 1 The Red Seal ; # 12 The Child) en est la preuve sur le site où je les poste en premier (fanfic-fr.net).

Idem pour le thème utilisé à la fin du prochain chapitre (# 13 publié sur le site précité), j’avais déjà imaginé mon scénario tel quel avant de lire les spoilers.

Bibi-chan^-^






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