PAIN, MEMORY AND RETURN,
L’AVANT-DERNIER VOYAGE


Kurogane, Fye et Mokona se tenaient devant la demeure de la Sorcière des Dimensions, stupéfaits de constater que tous les carreaux avaient volé en éclat comme si un tremblement de terre avait eu lieu.

« Mais qu’est-ce qui s’est passé ici ?!!! » tonna le guerrier avant de s’élancer vers la maison et d’ouvrir la porte avec fracas.

Le magicien suivit son compagnon sans mot dire en tenant Mokona dans ses bras, submergé par les soupçons qui s’étaient déjà emparés de lui dans l’autre monde.

Shaolan les avait laissés au marché prétextant aller s’enquérir de l’état de santé de la Princesse, trop inquiet pour rester avec eux plus longtemps et par le plus grand des hasards un incident s’était produit pendant leur absence.

Etrange coïncidence…, pensa-t-il.

Tout cela n’annonçait vraiment rien de bon et ce n’était pas le soudain comportement de Shaolan, un peu trop empressé envers Sakura à son goût, qui pouvait le rassurer dans ses doutes.

Bien au contraire.

Ils découvrirent Yûko assise dans le salon, fumant une cigarette et dégustant lentement un verre de saké.

Elle était vêtue de la même tenue que la dernière fois qu’il l’avait vue et cette longue robe noire au décolleté plus qu’avantageux ne l’empêchait pas de conserver une auguste apparence, rehaussée d’une coiffure soignée autant dans sa forme que dans son ornementation.

« Alors, la promenade était intéressante ? dit-elle en avalant une gorgée de son spiritueux. Je vois que vous avez trouvé les habits que je vous avais mis de côté pour vous permettre de passer plus inaperçus dans ce monde.

Je vous avais bien dit que je reviendrai récupérer mon Dragon d’Argent, Sorcière ! lança Kurogane.

Moi aussi je suis ravie de te revoir, répondit-elle ironiquement. Tu as donc réussi à te libérer du sort que t’avait administré la Princesse de ta dimension pour prétendre aujourd’hui récupérer ton bien ? »

Le guerrier se renfrogna.

Non, il était toujours sous l’emprise de ce maudit sort jeté par Tomoyo pour le contraindre à ne plus tuer sans raison.

Lors de leur première entrevue, il avait juré à Yûko qu’il serait un jour de retour pour reprendre son sabre une fois délivré de l’enchantement de sa Princesse.

Mais il ne l’était toujours pas et d’ailleurs, pouvait-il encore espérer l’être ?

« Quoiqu’il en soit, je ne te rendrai pas ton cher objet car c’est le prix que tu as accepté de payer pour la réalisation de ton souhait.

La réalisa…Vous vous foutez de moi ?!!! hurla-t-il. D’APRES VOUS, JE SUIS REVENU DANS MON MONDE LA ?!!!

Quelle impatience ! Tu y retourneras lorsque tu auras su tirer une leçon de cette aventure et de cette malédiction. Quitte à ce que tu comprennes l’importance de cette Vie que tu as si souvent arrachée à d’autres dans le passé, en voyant un de tes proches en être brutalement dépossédé. »

Kurogane se figea.

« De qui parlez-vous ? demanda-t-il.

Tu le sauras bien assez tôt… »

La Sorcière se releva pour se resservir un peu de sa liqueur en saluant Fye d’un hochement de tête qui lui rendit aussitôt sa politesse, puis elle leur proposa de prendre un verre en sa compagnie.

« Non merci. Je vais voir ce que fabrique le gamin, dit le guerrier en tournant les talons.

Tu n’iras nulle part ! Laisse cet enfant accomplir la cause de sa venue au sein de ma demeure.

– J’irai où bon me semblera et je vais immédiatement à l’étage le trouver !! »

Cette réplique énerva Yûko au plus haut point qui utilisa son pouvoir pour entraver son chemin en fermant violemment la porte du salon.

« Je t’interdis de faire un pas hors de cet endroit ! Tu en sortiras quand JE le déciderai ! Ai-je été assez CLAIRE, guerrier ?! »

Kurogane s’apprêtait à répondre quand le magicien lui fit signe de se taire et s’excusa du comportement un peu emporté de son ami auprès de la Sorcière.

« Nous ferons tout pour vous être agréable ! » dit-il pour détendre l’atmosphère.

De mauvaise grâce et bougonnant, le ninja accepta le verre d’alcool que la maîtresse des lieux lui tendit et s’enfonça dans un fauteuil sans même la remercier.

Fye posa Mokona sur le canapé avant de l’imiter et se plongea dans une profonde méditation.

La Sorcière des Dimensions était réputée pour son sang-froid et son imperturbable calme, mais la scène à laquelle il venait d’assister démontrait que la situation semblait s’être suffisamment aggravée pour qu’elle en perde son flegme et son impassibilité.

Ces évènements récents ne présageaient rien de plaisant.


Quelque chose se tramait dans leur dos et nos deux amis auraient bien aimé en avoir connaissance avant qu’il ne soit trop tard, mais ils s’étaient résignés à ne pas obtenir d’aveux de Yûko qui les laisserait se débrouiller seuls et découvrir par eux-mêmes cette funeste réalité cachée.


*
* * *
*


Shaolan était au chevet du neveu de la Sorcière attendant patiemment que celui-ci se réveille, pendant que le serviteur de la demeure nettoyait les traces de sang, conséquence de ses ébats avec Néis, qui maculaient le sol et la table dans la chambre où la Princesse dormait encore.

Il ne s’était pas remis de l’horrible passé que sa Souveraine lui avait confessé, mais il devait continuer sans fléchir sa lugubre mission et rejoindre ainsi au plus vite l’âme de sa défunte bien-aimée.

L’enfant finit par ouvrir les yeux, toujours traumatisé par l’épreuve qu’il venait d’endurer et découvrit à ses côtés le jeune homme qu’il avait surpris dans une conversation agitée avec sa tante un peu plus tôt.

Il l’avait déjà entraperçu par la porte légèrement entrebâillée mais le voir d’aussi près le stupéfia.

Il eut le sentiment qu’une projection de lui-même se tenait en face de lui, révélant l’apparence qu’il aurait dans quelques années tant leur physique était identique.

« Qui…Qui es-tu ? demanda l’enfant.

On m’appelle le Gardien et je suis venu dans ce monde pour reprendre l’Avant-Dernière Plume que ton être renferme. »

Le petit garçon resta sans voix pendant quelques minutes, mais il finit par se ressaisir et oser dire :

Elle appartient à cette femme que j’ai vue tout à l’heure, n’est-ce pas ?

Oui.

J’ai cru qu’elle avait envie de me tuer ! Pourquoi ? Je n’ai jamais voulu m’accaparer son bien !

Elle a cherché à récupérer ce qui lui appartenait en se laissant dominer par ses meurtrières pulsions. Mais sois sans crainte, je vais extraire la plume de ton corps sans te faire de mal. »

Une étincelle d’espérance prit naissance au sein de ses prunelles, éclairant ainsi son regard que le maléfice avait assombrit en infligeant à ses iris une couleur noire de jais, quand ces derniers étaient à l’origine d’un magnifique et captivant bleu Majorelle.

« Cette plume a corrompu mes pouvoirs…En me l’enlevant, je pourrai donc recouvrer la pureté de mon sceau magique ? Je serai de nouveau accepté parmi les miens qui m’ont banni à la suite de cette perversion !! s’exclama-t-il, transporté de joie.

Ce n’est pas si simple. La magie de cette plume est puissante et aura certainement altéré plus que tu ne le crois ta propre aura.

Mais toi... toi tu peux assainir mon aura ? Tu en es capable ?! » demanda l’enfant d’un ton presque implorant.

Oui, Shaolan était à même de réaliser cela.

Mais aux vues des derniers évènements, il ne pouvait pas se risquer de perdre ne serait-ce qu’une infime partie de l’intensité de ses compétences s’il voulait pouvoir être en mesure d’accomplir sa triste tâche.

C’est donc avec un pincement au cœur qu’il lui répondit :

« Non. Je suis désolé. »

Les yeux du petit garçon s’embuèrent aussitôt de larmes et c’est le corps secoué par les sanglots qu’il accepta l’étreinte réconfortante du Gardien, qui lui permit de se libérer de sa peine en pleurant longuement.

Sa vie était bel et bien brisée et c’est le cœur désespérément empli d’amertume qu’il se remit à penser aux illusions qu’il s’était faites sur son destin.

Une si prometteuse destinée ruinée par cette insoupçonnée Maudite, dont la sombre nature était masquée derrière une apparence aussi majestueuse qu’une déesse et qui ironiquement avait été la première à lui témoigner de la tendresse.

Une sylphide au visage angélique qu’il aurait aimée aveuglément si elle n’avait pas été la cause de ce sort diabolique.

Une nymphe au prénom mélodieux qui lui avait offert la chaleur d’une mère et l’avait entouré d’une aussi douce affection en le prenant délicatement dans ses bras.

Jamais personne n’avait daigné le toucher de cette manière auparavant, c’était la première fois qu’on l’avait caressé comme cela.

« Jure-moi…que tu la tueras pour avoir anéanti ainsi ma vie, souffla-t-il. Sinon, je m’en chargerais moi-même quand mes pouvoirs me le permettront…

Je te le promets, car c’est là le terme de ma mission. »

Le Gardien le dégagea ensuite de son étreinte et lui demanda :

« Dévoile-moi le symbole de ta magie que je puisse libérer la cause de ton infamie. »

Le neveu de Yûko posa une main au niveau de son cœur et ferma les yeux pour se concentrer.

Une lueur rouge se mit à poindre timidement et grandir lentement, puis se transforma en une petite sphère couleur de sang dans le creux de sa paume.

La boule transparente prit ensuite une forme allongée pour finalement se matérialiser en épée, dont la surprenante lame d’un noir impénétrable n’avait d’égal que la couleur des iris de l’enfant.

« Ton fer est d’un aspect bien étrange, dit le Gardien.

Mon arme est ainsi depuis le jour où cette plume est entrée en moi.

Je vois… »

Shaolan éveilla son sceau ailé et le posa sur le métal dénaturé.

Une éclatante lumière jaillit de ce contact et enveloppa brusquement la totalité du glaive, jusqu’à l’occulter entièrement derrière un épais voile d’un blanc immaculé.

Au bout de quelques secondes, un halo magique contenant l’objet précieux se distingua de l’instrument d’attaque du petit et s’éleva doucement dans les airs à hauteur des yeux satisfaits du jeune homme.

Ce dernier retira alors son sceau de la lame définitivement altérée par le maléfice, pour ensuite s’emparer avec délicatesse de l’Avant-Dernière Plume ainsi délivrée.

Le neveu de Yûko fixait d’un air affligé son épée restée aussi sombre que son regard et la fit revenir en lui avant de s’allonger en tournant le dos au Gardien.

« Laisse-moi maintenant… » lâcha-t-il dans un sanglot à peine étouffé.

Shaolan lui obéit et ressentit un profond mal-être en l’entendant pleurer lorsqu’il referma la porte derrière lui.

Il s’adossa contre le mur et se laissa glisser jusqu’au sol pour se retrouver assis sur le parquet, puis il se passa une main dans les cheveux et contempla avec tristesse la plume satanique qui flottait légèrement au-dessus de sa paume.

Une vie innocente si injustement détruite…, pensa-t-il.
Quel sera l’avenir de ce gamin désormais ?
Jamais plus son coeur ne retrouvera la paix…

Si seulement il avait pu empêcher la délivrance des ailes démoniaques de sa défunte Souveraine, rien de tout cela ne serait arrivé.

Il se reprocha avec fureur de s’être laissé si facilement capturer par cet odieux personnage nommé Fei Wang Lead et se surprit à repenser à leur dernière rencontre dont l’issue avait été fatale pour ce dernier.

Et dire que cela s’était passé il y a si peu de temps.

Il avait pourtant le sentiment qu’un siècle s’était écoulé depuis son réveil.


o O o


Quelques jours plus tôt.


Le Gardien des Plumes avait repris conscience alors qu’il était plongé dans un liquide pellucide et visqueux, enfermé dans un immense récipient sphérique fait dans un verre transparent et de large épaisseur.

Il avait réussi à distinguer la présence d’une jeune femme brune aux cheveux ondulés qui se tenait devant le réservoir et qui n’avait pas fait un geste ni même exprimé une quelconque surprise, lorsqu’il avait fait éclater sa prison en mille morceaux à l’aide de ses pouvoirs magiques.

Enfin libre, le corps nu et ruisselant de cette étrange substance dans laquelle on l’avait immergé, il s’était dirigé d’un pas résolu vers elle et l’avait saisie par le cou pour la soulever de terre.

Elle ne s’était pas débattue et ne semblait pas non plus souffrir de l’étranglement qu’il lui avait infligé.

« Qui es-tu ?! avait-il demandé d’un ton acerbe. Es-tu la complice de celui qui est à l’origine de ma claustration ?!!

Je ne suis qu’une de ses créations, avait-elle répondu d’une voix dénuée d’émotions. Sa servante ou son esclave si tu l’entends mieux de cette façon. »

Il l’avait alors reposée au sol et l’avait dégagée de son emprise.

Tout comme son propre clone que ce monstre avait osé créer, la femme ne semblait être qu’une simple enveloppe charnelle, ne possédant ni âme ni conscience lui permettant de se rendre à l’évidence de sa réelle condition.

Il avait d’ailleurs eu la confirmation de cette impression lorsqu’il lui avait dit :

« Un esclave peut se défaire de ses chaînes s’il en a l’opportunité et la volonté. Je peux t’aider à recouvrer ta liberté si tu le souhaites.

Pour quelle raison ? Je ne saisis pas bien le sens que tu donnes au mot “liberté” et je ne vois pas ce qui me pousserait à souhaiter la retrouver car je ne pense pas l’avoir un jour perdue.

– Alors pourquoi employer ce terme si tu n’es pas sous la dépendance absolue de cet homme abject ?

La dépendance ? Je ne fais que satisfaire les besoins et les envies de mon Maître et j’utilise le mot “esclave” car c’est ainsi qu’il m’appelle. »

Constatant qu’il était vain de lui faire réaliser son infâme position de soumission, le Gardien avait changé de sujet :

« Où est-il ?

Il rentrera d’ici une heure. Je dois maintenant exaucer le souhait de mon Original et t’aider à convenablement te revêtir avant de t’en dire plus et te faire partir.

Ton QUOI ? avait-il demandé, déconcerté.

Mon Originelle, celle à qui mon Maître, Fei Wang Lead, a volé une goutte de sang pour me créer espérant ainsi dupliquer ses pouvoirs. Mais il estime que je ne suis qu’une copie manquée car je suis en mesure de combler tous ses désirs, excepté celui de lui faire traverser les dimensions à volonté. »

Shaolan n’en était pas revenu.

Son bourreau avait le même nom de famille que son défunt protecteur et il avait commencé à se douter de la réelle identité de cette “Originelle”.

« A qui appartenait ce sang ?

A la Sorcière des Dimensions. Je suis pourtant bien loin d’égaler sa magie puisque je peux envoyer n’importe qui dans une autre contrée, mais je n’ai la capacité de faire voyager qu’une seule et unique fois un être humain à travers l’espace et le temps.

Une minute ! Pourquoi me confier tout cela ?! Tu vas certainement à l’encontre des ordres de ton gouvernant !

Non. Je ne fais que répondre au souhait de la Sorcière qui m’a demandé de tout te révéler car telle est ma raison de vivre : satisfaire les désirs d’autrui. Ton clone a été créé avec la volition de récupérer les plumes de cette Princesse et moi avec celle de contenter les envies de qui me le demande. Viens, avait-elle continué, je t’expliquerai tout une fois que tu te seras lavé et habillé, car il faudra bientôt te préparer à me quitter. »

Il l’avait suivie sans mot dire et ce n’était qu’une fois sa rage envolée qu’il avait fini par remarquer la nouvelle apparence de son corps.

Mais combien de temps était-il resté prisonnier et inconscient pour avoir aujourd’hui le physique d’un jeune adulte ?

Au moins dix ans.

Qu’avait-il bien pu se passer pendant toutes ces années durant lesquelles cet individu l’avait forcé à sommeiller ?

En observant autour de lui, il avait noté avec horreur que les décorations qui tapissaient les murs de la pièce faisaient affreusement référence au symbole ailé de son sceau, aux ruines du pays de Clow.

Il s’était mis à redouter le pire.

Son kidnappeur était un fanatique de ce pouvoir devenu maléfique.

Une fois sa peau nettoyée et vêtue d’habits adaptés à sa nouvelle carrure, il avait rejoint la jeune femme qui lui avait préparé un encas dans la pièce adjacente à la salle d’eau et c’était en avalant son premier vrai repas depuis de nombreuses années, qu’il avait écouté d’une oreille attentive les détails des évènements qui avaient eu lieu bien avant sa propre renaissance.

Pour commencer, il avait appris qu’il était dans un pays lointain de celui de Clow, son ancien bienfaiteur, sans pour autant avoir changé de dimension.

Fei Wang Lead était un cousin de ce dernier et avait entretenu il y avait fort longtemps une relation intime avec Yûko qui était régulièrement venue le visiter dans son monde pour partager avec lui des instants charnels et passionnés.

L’ambition et la convoitise avaient finalement eu raison de lui, ce qui l’avait poussé à dérober une goutte de sang de son amante quand celle-ci était paisiblement en train de se reposer dans son lit.

Lorsqu’elle avait su son acte et connu ses desseins, la Sorcière avait immédiatement rompu tous liens avec son ancien compagnon nocturne, qui l’avait dupée en voulant cloner son corps et sa magie.

Malheureusement pour lui, la copie qui aurait dû lui être totalement dévouée et ne satisfaire que ses seules envies avait la défectuosité de vouloir faire plaisir à quiconque le souhaitait.

En effet, le Maître était parvenu à lui insuffler la volition d’obéir sans réfléchir mais n’était pas arrivé à lui imposer une exclusive fidélité, contrairement au clone du Gardien qui avait l’esprit entièrement monopolisé par le visage de sa bien-aimée.

Sans compter ses misérables pouvoirs qu’il s’était pourtant peiné à copier et qui faisaient donc d’elle une reproduction complètement ratée.

L’espoir était tout de même revenu à Fei Wang Lead, quand il avait un jour laissé une oreille indiscrète surprendre une conversation entre la Sorcière des Dimensions et son cousin Clow, qu’il était venu saluer par courtoisie dans son royaume.

Il avait eu la joie d’apprendre l’existence et le pouvoir maléfique des plumes, qui réduirait bientôt la Princesse Sakura à l’état d’esclave aveuglément soumise au premier commandeur et dotée d’une puissante magie permettant de traverser les dimensions sans aucune limite.

L’homme avait alors absolument voulu s’approprier ce fabuleux trésor avant qu’un autre ne le fasse et avait même commencé à forger des idées de conquêtes territoriales interdimensionnelles.

L’ignoble personnage s’était donc empressé de demander en épousailles cette enfant auprès de son père pour se la voir marier dès qu’elle serait en âge de procréer et c’était confronté au refus catégorique de son cousin qu’il avait imaginé le diabolique plan de cloner un jour le ressuscité Gardien.

« Tu sais tout maintenant, avait-elle conclu. As-tu un quelconque désir avant que je ne t’envoie rejoindre la Sorcière pour exaucer sa dernière volonté ?

Oui. Tuer ton Maître, avait-il répondu en avalant sa dernière bouchée de pain.

Il nous suffit donc de l’attendre et pour te faire patienter je peux te proposer mes services en qualité d’amante expérimentée ? Car donner du plaisir est la seule fonction qui m’incombe désormais. »

Shaolan l’avait fixée sans mot dire, étonné de cette audacieuse proposition, pour finalement se rappeler qu’elle n’était qu’un simple jouet créé de toutes pièces par cet individu malintentionné.

Il avait baissé son regard au niveau de sa gorge aux formes voluptueuses si généreusement offertes à ses yeux de jeune homme et avait réfléchi quelques instants avant de donner son consentement.

Il n’avait pas pu profiter pleinement de sa seconde vie qui allait bientôt s’achever avec l’accomplissement de sa mission et combien de temps lui restait-il encore réellement avant de mourir ?

Une semaine ?
Quelques jours ?
Peut-être moins…

Il l’avait donc suivie dans une petite pièce avoisinante et c’est le visage impassible qu’il s’était laissé allonger sur un futon en l’entendant dire :

« Ma pratique régulière de ces divertissements primaires m’a permise d’acquérir une certaine compétence dans ce domaine, qui est bien le seul mérite que mon Maître me reconnaisse aujourd’hui. »

Elle avait défait le bas du Gardien en disant cela et avait entrepris de caresser délicatement avec sa langue de poupée l’intimité masculine de son nouveau compagnon de lit.

Shaolan avait dû admettre son talent en la matière et cette manière de faire n’était pas sans lui rappeler amèrement celle de son ancienne partenaire.

Néis.

Il avait donc fermé les yeux et s’était figuré que c’était sa Reine qui avait cherché en cet instant à lui procurer ce plaisir buccal, faisant en même temps resurgir du plus profond de sa mémoire de bien tristes souvenirs.

En imaginant cela, il n’avait pas tardé à atteindre la jouissance que lui avait prodiguée cette douceur et c’était en laissant perler sur sa joue une larme chargée de vieilles pensées, qu’il avait fini par exprimer son ressenti orgasmique dans un intense gémissement.

Il avait ensuite mis plusieurs minutes à se remettre des spasmes qui avaient continué de secouer son corps bien après sa délivrance, car même s’il avait déjà vécu cela dans son autre vie, son actuel organisme n’avait jamais encore connu cette exaltation et avait éprouvé pour la toute première fois cette délicieuse sensation.

Puis il s’était redressé et avait regardé d’un air compatissant la jeune femme, avant de lui dire en prenant doucement son menton d’une main :

« Je… je suis désolé d’avoir profité de toi.

Profiter ? avait-elle répété. Mon Maître m’a également créée pour remplir cette fonction. Tu n’as pas à être désolé puisque je suis faite pour cela. »

C’était réellement peine perdue que de lui faire entendre raison.

« Tu vas pouvoir réaliser ton désir car il arrive. Je perçois son Aura. » s’était-elle soudainement exclamée.

Le Gardien s’était relevé et lui avait demandé de le mener jusqu’à lui, ce qu’elle avait immédiatement fait et c’était un Fei Wang Lead stupéfait de le voir éveillé qu’ils avaient rejoint dans l’entrée de ce qui avait semblé être une immense demeure.

« Je m’absente quelques heures et je te retrouve en sa compagnie ?!! avait-il pesté. Tu es décidément d’une bien piètre loyauté ! Je vais m’occuper de ton cas, crois-moi !

Ne vous approchez plus d’elle ! avait lancé Shaolan. Son abominable sujétion disparaîtra avec vous !! »

L’homme sûr de lui avait ri aux éclats et avait ajouté :

« Je ne suis pas un sorcier de bas étage comme cette traînée et tu ne devrais pas oser ainsi me défier !

Vous ne paraissez pas avoir réaliser l’erreur que vous aviez en commise en m’emprisonnant car j’ai la mémoire des actes passés et la rancune tenace !

Trêve de bavardages. Apprête-toi à retourner dans ce réservoir qui sera ta dernière demeure ! »

D’un simple regard et sur la seule volonté de son esprit, Fei Wang Lead lui avait envoyé une attaque magique d’une rare puissance qui s’était matérialisée sous la forme d’un feu digne de l’Enfer.

Le Gardien avait tout juste eu le temps d’éveiller son sceau ésotérique et de faire apparaître un bouclier d’eau avant de se retrouver brûler vif.

Sa nouvelle protection avait complètement englouti ces flammes sataniques et l’incandescence de cette agression avait véritablement mis en ébullition son rempart liquide.

Et c’est sans avoir laissé le temps de réagir à son adversaire, que Shaolan lui avait violemment retourné une inévitable réplique la seconde suivante, constituée dans une eau horriblement bouillante.

Le fluide pervers contrôlé par son furieux expéditeur s’était introduit avec force dans la bouche de son ennemi et s’était propagé à une grande vitesse dans l’ensemble de son corps.

Ses yeux étaient sortis de leur orbite en un instant pour rouler sur le sol, ses os s’étaient brisés un à un sous la brutale pression exercée par cette pétulante substance et son extrême température avait ébouillanté chacune de ses parties internes, faisant exploser tous ses vaisseaux organiques et réduisant considérablement la taille de son crâne en une minute.

Fei Wang Lead avait tenté d’hurler mais un unique cri succinct et instantanément étouffé avait seulement pu se faire entendre, la gorge noyée par ce flot ardent et incessant.

Une odeur de chair ébouillantée avait alors envahi toute l’entrée et l’homme s’était écroulé sans vie dans une marre d’eau et de sang, sous le regard impitoyable et fielleux du Gardien.

Telle avait été la mort de ce vil personnage que Shaolan s’était fait une joie de tuer, avant de se faire envoyer dans le monde de Yûko grâce à sa jeune copie, l’ancienne esclave désormais affranchie.


*
* * *
*


Sakura ouvrit difficilement les paupières, le corps engourdi comme si elle avait été fiévreuse alors que le froid la transperçait de part en part.

Elle éprouva soudainement une légère douleur au bas-ventre et porta immédiatement une main à ses lèvres lorsqu’elle sentit un drôle de goût dans sa bouche.

Cette saveur était particulière car loin d’être amère, elle avait la douceur et le subtil parfum du sucre.

Etrange…

Elle n’avait pourtant rien mangé de sucré dans la matinée.

Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ?

Que lui était-il arrivé ?

Combien de temps avait-elle dormi ?

« Sakura ? »

Elle se retourna et constata en premier lieu que l’enfant qui s’était assoupi à ses côtés avait déserté le lit, puis elle sourit en voyant Shaolan assit auprès d’elle et la contempler de toute son affection.

La Princesse baissa les yeux et vit une de ses Plumes perdues flotter doucement au-dessus de la paume de son ami.

Il l’attira vers lui pour qu’elle blottisse son dos contre son torse et l’enlaça tendrement pour l’accompagner dans cet avant-dernier voyage vers sa mémoire retrouvée.

La jeune fille prit la main de son compagnon pour la poser sur sa joue et apprécier ainsi la douceur de sa paume, alors que celui-ci laissait la plume pénétrer lentement son fort intérieur et rejoindre ses autres consoeurs.

Elle sentit une agréable chaleur l’envahir et la transporter vers de nouveaux souvenirs.


o O o


Sakura se vit entrer dans cette étrange pièce d’apparence funèbre qui se trouvait au fond des ruines adjacentes au palais.

Pourquoi rêvait-elle encore de cet endroit pour s’en être déjà rappelée la dernière fois ?

Elle revit la silhouette d’un garçon, dont elle ne se souvenait ni du visage ni du nom, se tenir devant elle et l’approcher d’un pas lent avant de poser les mains sur elle pour entreprendre de la caresser doucement.

Elle comprit alors que ce n’était pas là sa mémoire visuelle qui lui revenait, mais une réminiscence corporelle.

La mémoire de sa peau.

Son épiderme lui faisait se remémorer du contact bien précis qu’elle avait ressenti lorsque les mains de cet inconnu qu’elle avait vraisemblablement aimé, s’étaient affectueusement posées sur son enveloppe charnelle.

C’est à cet instant qu’elle réalisa que ces doigts délicats qui parcouraient son corps et que cette paume rugueuse qui effleurait tendrement sa poitrine, n’appartenaient absolument pas au Shaolan qui la serrait actuellement dans ses bras.

La peau de cet étranger était celle abîmée d’un jeune homme qui avait travaillé avec ses mains durant des années, alors que celle de son bien-aimé était douce comme celle d’un nouveau-né.

Elle avait clairement pu le constater lors de leurs derniers échanges amoureux et l’avait également remarqué quand elle avait posé sa paume contre sa joue avant de partir pour le pays des souvenirs.


o O o


La Princesse ouvrit les yeux et se retourna subitement vers son ami, se dégageant ainsi brusquement de son étreinte.

Elle le fixa d’un regard affolé et interrogateur, espérant peut-être trouver une réponse dans la noirceur de ses prunelles.

« Qu’est-ce que tu as ? demanda son compagnon, surpris par cette vive réaction.

Rien, je…, réussit-elle à bredouiller en tentant de masquer son désarroi.

De quoi as-tu rêvé ?

De…, commença-t-elle perplexe. Des jardins du palais et de mon frère. Rien de plus… »

Elle lui mentait et Shaolan le savait.

Mais au fond, que lui importait le détail de ces années de vie oubliées d’une manière si regrettable ?

La jeune fille quant à elle ne savait plus quoi penser.

Elle avait réveillé son être à l’amour pour finalement s’apercevoir qu’elle s’était trompée de personne.

Qui était réellement celui qui avait été l’empereur de ses pensées, le vrai maître de son cœur et dont elle ne connaissait pas l’identité ?

Qui ?

Elle faillit fondre en larmes mais se retint de justesse lorsque son ami l’étreignit délicatement.


*
* * *
*


« C’est fait. » dit soudainement la Sorcière en se relevant pour poser son verre.

Cela faisait déjà un bon bout de temps que Fye et Kurogane patientaient sagement dans le salon pour ne pas déplaire à la volonté de cette dernière.

« Quoi ? Qu’est-ce qui est fait ? grommela le guerrier. Parlez de manière intelligible ! Je ne suis pas devin ! »

Yûko lui lança un regard meurtrier comme elle seule en avait le secret et désenchanta la porte scellée de ses pouvoirs pour bientôt permettre au jeune couple d’entrer.

« La Plume s’en est retournée vers sa propriétaire. Votre quête dans mon monde est donc terminée.

Quoi ? Mais bon sang, COMMENT savez-vous  ça ?!! Et de quelle manière le gamin s’y est-il pris ?! Nous ne savions même pas où était cette saleté de résidu de volatile ! s’exclama le ninja.

Je te rappelle que tu parles des ailes de la Princesse ! Libre à toi de la comparer à une volaille de basse-cour mais je ne suis pas certaine qu’elle apprécierait cette vulgaire représentation ! répondit la Sorcière d’un ton glacial.

Ce…ce n’est pas ce que je voulais dire, marmonna-t-il en se blâmant d’avoir une fois de plus laisser les mots dépasser largement ses réelles pensées. Je l’aime bien cette gosse malgré ce que vous semblez croire.

Je m’en réjouis ! Car elle aura plus que jamais besoin de toi dans votre prochain et dernier monde.

Notre dernier monde ?! Qu’entendez-vous par là ?! 

– Tu le verras bien ! »

Sur ce, elle lui tourna le dos pour aller ouvrir la porte et laisser Sakura et Shaolan rejoindre leurs compagnons.

« Nous vous attendions avec impatience. » dit-elle.

Fye se précipita vers la jeune fille pour s’enquérir de son état qu’il trouvait bien fébrile et Kurogane examina attentivement le garçon d’un œil plein de méfiance.

La Sorcière profita de leur manque d’attention pour prendre Mokona dans ses bras et lui glisser discrètement à l’oreille :

« Ecoute-moi bien. Tu ne devras pas leur dire où se trouve la prochaine Plume quand tu la sentiras. M’as-tu bien comprise ?

Pourquoi Mokona devrait-il faire ça ? demanda le petit être ne comprenant pas où voulait en venir sa maîtresse.

Car il y a quelqu’un dans cette pièce qui aura besoin de se retrouver seul face à lui-même. Et si tu indiquais aux autres le lieu de sa détention cela ne ferait que retarder l’inévitable, sans peut-être jamais pouvoir me permettre un jour de parer cette funeste destinée qui nous accablera tous. »

Mokona obtempéra immédiatement.

« Allez maintenant, dit Yûko en s’adressant au petit groupe. Votre dernière aventure est sur le point de commencer. »

Aucun d’entre eux n’eut le temps de répliquer ou de la questionner plus avant que déjà Mokona employât sa magie pour les transporter dans une autre dimension.


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Les deux premiers mots qui leur vinrent à l’esprit lorsqu’ils observèrent la place où ils étaient arrivés furent “familier” et “carnage”.

« C’est quoi encore ce bordel ?!! » s’exclama Kurogane.

Ils étaient revenus dans le monde de Mademoiselle Li et leur atterrissage en plein milieu du village leur avait permis de constater qu’une bataille avait encore eu lieu dans cet endroit isolé.

Les maisons étaient saccagées voire certaines partiellement brûlées, les toits effondrés, les portes défoncées et du sang maculait la terre sur plus d’une centaine de mètres.

Sur le sol jonchaient divers objets personnels que les survivants avaient dûs perdre en fuyant.

Ils avaient eu beau regarder tout autour d’eux, mais n’avaient pas vu une seule âme qui vive ni aucun cadavre.

« Nous ferions bien de partir car les brigands pourraient revenir, dit la Princesse d’une voix tremblante.

Ces gens là ne remettent pas les pieds dans un lieu qu’ils viennent à peine de dévaster. Sois sans crainte.

Je propose que nous prenions le nécessaire à notre quotidien et allions nous installer dans la forêt, ajouta Fye. Mokona, ressens-tu la présence d’une plume dans les parages ? »

Oui, il percevait bien la magie de l’une d’elles, tout comme le Gardien d’ailleurs, mais il suivit à la lettre les ordres de sa maîtresse et prétendit le contraire.

La petite troupe alla donc s’installer à couvert après avoir pris dans quelques maisonnées des ustensiles de cuisine, des couvertures, des restes de nourriture et tout autre objet utile.

Ils découvrirent sur leur route plusieurs tombes fraîchement creusées, prouvant ainsi que quelqu’un était repassé dans le coin pour enterrer les morts de cette bataille.

Le groupe continua son chemin sans se douter une seconde que ces sépultures données aux dépouilles étaient l’œuvre de leur unique assassin, qui dans un moment de conscience et de lucidité, le peu qu’une certaine magie lui avait permise de conserver, avait voulu rendre un peu de dignité à ceux qu’il avait si affreusement tués.

Une fois leur campement établi, ils décidèrent de se reposer quelques instants avant de préparer leur repas.

Shaolan saisit cette occasion pour prétendre visiter les environs et peut-être trouver la trace d’un quelconque rescapé sous les protestations de Sakura qui ne voulait pas le savoir en danger.

« Laisse, dit le guerrier à la Princesse. Il ne se risquerait pas à la mort inutilement. N’est-ce pas…gamin ? »

Le jeune homme acquiesça et partit sans rien ajouter d’autre.

C’est plutôt lui le danger, pensèrent en même temps et malgré eux les deux aînés.


o O o


Le Gardien était soulagé d’avoir pu échapper à la surveillance des deux adultes mais était forcé de reconnaître qu’ils ne s’étaient pas laissés duper très longtemps.

Heureusement, la fin était proche et son calvaire bientôt terminé.

Il se dirigea rapidement vers le lieu où il était certain de LE trouver pour avoir fortement ressenti le pouvoir de la Dernière Plume et c’est d’un pas décidé qu’il s’approcha d’une rivière.

Enfin, il apparut.

Il allait vivre ce moment qu’il avait à la fois redouté et attendu.

La dernière confrontation avec son clone.

Celui-ci avait les yeux dénués d’expressions humaines et de vivacité, mais ne semblait pas avoir souffert d’un manque de nourriture ou d’une hygiène de vie qu’il paraissait avoir gardés pendant leur absence.

Pour récupérer la plume, il était obligé d’apposer son sceau directement sur sa peau et il lui fallait pour cela d’abord réussir à l’immobiliser.

« Ma Porteuse ? Où est-elle ?! dit subitement le double d’un ton acrimonieux et le regard étrangement noir. Tu l’as emmenée loin de moi ! Pourquoi ?!

TA Porteuse ? répéta Shaolan, estomaqué par cette possessivité. Crois-tu vraiment qu’elle t’appartienne ? »

Le Gardien n’eut pas le temps d’en dire davantage qu’il vit son nouvel adversaire s’emparer d’un sabre laissé à terre et se préparer à l’affronter.

La lame s’enflamma brusquement démontrant ainsi l’étendu des pouvoirs que la Plume avait conféré à son clone et ce n’était qu’un aperçu, il le savait fort bien.

Il ferma donc les yeux pour concentrer sa magie et éveiller les pouvoirs de son sceau ailé.

L’ultime combat allait enfin pouvoir commencer.


o O o


Mot de l’auteur:
Pour ceux qui lisent THE RED SEAL, voici à quoi ressemblerait notre petit démon de Shaolan à 19 ans avec ses yeux d’un bleu Majorelle s’il n’avait pas été touché par le maléfice d’une plume (appréciez et VIVE Neko AP pour le montage !!!!! I like you so much !!! ^-^).
- montage Shaolan 1
- montage Shaolan 2
- montage Shaolan 3

J’adooooooooooooooooooooooore ^-^.

Qui sait ? Peut-être les retrouvera-t-il un jour ?

Sinon, j’espère que le chapitre vous a plu et LAISSEZ DES COMMENTAIRES !!!!!!!!!!!

Tous mes dessins sur le forum: fanarts de Bibi-chan.

Bibi-chan ^-^



REVIEWS REVIEWS !