TA CARESSE ASSASSINE

The Last Feather

 

 

 

 

 

Jamais l’Espoir ne déserte les lieux sans un jour nous laisser la chance de le revoir.

 

 

o O o

 

 

Tué par une caresse.

 

Ton corps que je m’étais langui de serrer une dernière fois tout contre moi.

Le délicieux parfum de ta peau que j’avais ardemment souhaité humer de nouveau.

Qui aurait cru que ce serait ta main qui conduirait mon être dans les affres de la Mort ?

 

Et pourtant…

 

Pour recouvrer tes souvenirs effacés, j’ai dû abandonner ce que j’avais de plus cher.

Mais jamais je n’aurais imaginé que la Mémoire de tes Sentiments se serait réfugiée au plus profond de ma chair.

 

Comme si elle avait décidé de s’abriter dans le corps de celui qui avait été l’objet de tes pensées.

 

Je suis tellement heureux que tu te souviennes enfin de ton amour et du mien.

Même si de ma vie j’ai dû en payer le prix.

 

N’éprouve aucune culpabilité, car tu m’as libéré de cette existence qui n’avait plus de sens puisque je n’étais plus à même de profiter pleinement de ta présence.

 

Tu m’as délivré de cette abominable fatalité.

Et je ne m’en vais pas le cœur attristé puisque je te reverrai très bientôt, j’en suis persuadé.

 

Au-delà des rêves…

C’est ici que le mien s’achève.

 

Alors sois patiente et courageuse ma petite Fleur de Cerisier.

Les créatures liées par une même destinée ne se séparent que pour mieux se retrouver.

La quête est terminée et notre véritable histoire ne fait que commencer.

 

Anata ga suki desu.

 

 

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* * *

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Musique pour l’écriture de ce passage : Bond, « Quixote »

 

http://www.youtube.com/watch?v=4hqIKWNX30A

 

 

o O o

 

 

« Si tu souhaites que ta Porteuse récupère toutes ses Plumes, laisse-moi m’emparer de la Dernière que ton corps renferme et je la lui rendrai moi-même ! » s’exclama le Gardien.

 

Pour seule réponse, il vit son clone empoigner fermement son arme enflammée des deux mains et s’élancer subitement vers lui, visiblement déterminé à le tuer.

 

« Bien, murmura-t-il. C’est toi ou moi. »

 

L’Originel pouvait sentir le Spectre de la Mort rôder en ces lieux, attendant patiemment que celui qu’il emmènerait bientôt de l’Autre Côté ne soit désigné.

 

Opiniâtre, il tendit son sceau face à son adversaire et décida de lui envoyer une onde magique d’une apparente blancheur et d’une extrême puissance, espérant ainsi le propulser à plusieurs centaines de mètres de lui et l’assommer par cette virulente poussée. Mais aussitôt et sous ses yeux ébahis, l’improbable se produisit. L’attaque rencontra son double et le figea totalement en plein élan, sans pour autant exercer sur lui la pression attendue. Le jeune homme perçut alors une éclatante lumière rouge jaillir du cœur de ce dernier et se mêler à sa magie d’un blanc immaculé, pour impitoyablement la supplanter. L’instant suivant, il vit cette attaque d’une couleur empruntée à Satan lui être retournée inexplicablement et à une telle vitesse, qu’il n’eut pas le temps de l’éviter et se retrouva brutalement projeté en arrière par ses propres pouvoirs, pour finir par aller s’écraser contre un arbre.

 

Véritablement secoué, le Gardien se redressa péniblement en recrachant du sang puis s’adossa difficilement contre le végétal, l’esprit confus et le corps affreusement endolori par ses nouvelles blessures, résultantes de son brusque vol plané et de sa douloureuse chute. Il fut soudainement pris de terreur en voyant son ennemi libéré de son immobilité se ruer sur lui, résolu à le décapiter d’un seul trait. Il réussit cependant à l’esquiver de justesse en se plaquant au sol et roula immédiatement sur le côté, afin de ne pas se faire aplatir par le tronc d’arbre que son clone avait découpé en deux, d’un geste net et vigoureux dans sa charge.

 

Médusé, il resta quelques secondes les yeux écarquillés de stupéfaction, en réalisant la force époustouflante que la Dernière Plume octroyait à son Autre. Il subodora également avec horreur qu’il ne pouvait plus utiliser ses ondes magiques contre son ennemi, s’il ne voulait pas se voir réexpédier dans la minute tous ses assauts. La Plume avait sauvé la vie à “ce” Shaolan lorsqu’il lui avait dérobé la quasi-totalité de sa force vitale durant leur dernière confrontation, mais il constatait avec angoisse qu’elle le protégeait aussi de toutes autres agressions magiques.

 

« Tu vas rejoindre tous ceux qui n’ont pas voulu m’avouer où était ma Porteuse et que j’ai tué avec mon sabre pour leur refus de parler ! »

 

C’était on ne peut plus clair.

 

« Qu’est-ce qu’il te prouve qu’elle soit encore de ce monde ? demanda l’Original.

 

– Elle est revenue…Je le sais car je perçois faiblement son Aura. »

 

La copie désespérément liée à sa Princesse avait donc la capacité de ressentir sa présence ? Parfait ! Il lui faudrait maintenant redoubler d’imagination pour se tirer vivant de ce mauvais pas et pouvoir ainsi passer au plan B, qu’il avait heureusement prévu en cas d’échec de sa première stratégie. En effet, s’il ne pouvait pas réussir à le toucher pour s’emparer de l’objet précieux, une autre en serait absolument capable et son double se laisserait approcher par elle sans aucune méfiance, trop satisfait de l’avoir enfin retrouvée. Car derrière le visage angélique de cette Sakura, se cachait la diabolique Aura de sa défunte Souveraine qui se ferait une joie d’intervenir au moment opportun, en exprimant ses sanguinaires pulsions pour récupérer son bien. Néis laisserait la Princesse poser une douce main sur le torse de son compagnon d’infortune et saisirait cette merveilleuse occasion pour la forcer à reprendre sa Plume, en menant indubitablement le garçon au trépas.

 

Mourir par une caresse si longtemps désirée.

 

Quelle ironique destinée !

 

Le Gardien ne put s’empêcher de sourire à cette pensée mais dut bien vite revenir à la réalité, en voyant son imparfaite reproduction s’approcher dangereusement de lui. N’étant plus vraiment en état de le combattre, le jeune homme chercha séance tenante une parade pour le repousser et décida sans réfléchir d’éveiller à nouveau son sceau, pour lui envoyer en pleine figure le morceau de tronc qui était tombé à ses pieds. Mais une fois de plus, son action se révéla inefficace car le clone le stoppa d’un simple regard et sans peine à hauteur de son impassible visage. Impuissant, le premier assista ensuite à l’étonnant spectacle offert par son double, qui enflamma littéralement son Aura comme pour refléter son exaspération et communiqua subitement cette flambée digne de l’Enfer au bois qu’il faisait agilement flotter dans les airs. Puis le reste de végétal se mit brusquement à pivoter pour finir par tourner sur lui-même dans un mouvement si véloce, que l’Original ne discerna plus qu’un effrayant cercle flamboyant.

 

Shaolan matérialisa instantanément un bouclier d’eau devant lui, subodorant parfaitement les intentions de sa vaillante copie, et ce fut avec anxiété qu’il attendit le moment où cette singulière attaque entrerait en contact avec son unique défense. La redoutée rencontre des deux magies ne se fit pas désirer plus longtemps et l’irréductible clone passa à l’offensive en lui lançant sans vergogne son infernale création, qui se précipita en une fraction de seconde vers l’Originel, transi d’inquiétude. Les craintes de ce dernier se justifièrent lorsqu’il sentit le tronc heurter brutalement son bouclier sans pour autant s’en retrouver pulvériser, la force de l’impact le faisant reculer de plusieurs mètres au passage. La chose réussit même à traverser lentement sa protection liquide en conservant toute l’intensité de son embrasement, le laissant sentir avec horreur une subite et étouffante chaleur l’entourer. Il fut ensuite épouvanté de voir l’immense bout de bois se rapprocher de sa figure avec dangerosité, permettant à ses flammes diaboliques de lui chatouiller désagréablement les narines. Le jeune homme finit donc par accuser tant bien que mal sa cuisante défaite et se résigna à cesser immédiatement le combat, en se jetant diligemment au sol afin d’échapper à l’attaque. Il perçut subséquemment le tronc d’arbre passer au-dessus de lui en frisant ses vêtements, pour aller terminer sa fulgurante course contre un rocher.

 

A la suite de cela, le Gardien releva la tête et sut qu’il ne lui restait que très peu de temps avant de recevoir une nouvelle agression. Conséquemment, ce fut en connaissant pertinemment les retombées de son geste à son endroit qu’il décida quand même de passer à l’acte.

 

L’immobiliser quelques secondes pour l’atteindre et le blesser, au péril de sa propre vie.

 

Dès lors, il fit briller son sceau d’une éclatante lumière et concentra son esprit sur deux objectifs : l’Autre et le projectile, puis il inspira profondément et se risqua à concrétiser son idée en comptant sur la similarité de son effet.

 

La scène se déroula très rapidement, mais l’Original eut pourtant l’impression de la voir au ralenti : il envoya une impétueuse onde magique en direction de son opposant pour tenter de le paralyser le temps nécessaire, et soupira de soulagement en constatant que celui-ci se figeait de nouveau complètement comme de la pierre. Puis le même phénomène que précédemment se produisit, la magie du clone prenant le dessus sur la sienne et remplaçant petit à petit sa blanche teinte par un rouge démoniaque. Sans attendre un instant de plus, il souleva de terre le reste de végétal encore brûlant et le projeta promptement contre son adversaire, sur le point de se délivrer de son immobilité. Et tandis que l’onde devenue couleur de sang s’en retournait vers son expéditeur, le double - tout juste libéré de son inactivité - se prit de plein fouet le tronc enflammé, sans avoir le temps de l’éviter.

De son côté, le Gardien essaya d’esquiver le renvoi de ses pouvoirs en bondissant sur le côté, mais ce retour trop foudroyant lui percuta violemment la moitié du corps et le fit brutalement virevolter telle une vulgaire toupie, avant de le laisser s’écrouler en hurlant sous la douleur de sa cheville foulée et de son épaule luxée. Il put néanmoins se relever en se mordant les lèvres jusqu’au sang à cause de la souffrance, pour finalement constater que son ennemi avait atterri dans la rivière et commençait déjà à en sortir en rampant.

 

Ne souhaitant pas s’éterniser, il s’enfuit donc au plus vite en clopinant lamentablement, déconcerté de voir son double remettre en place lui-même un de ses genoux déboîté, en affichant un visage totalement impavide malgré l’insupportable craquement qui s’ensuivit.

 

Et je suis sûr qu’il va parvenir à se remettre debout avec ça ! pensa-t-il. Saleté de plume. Indestructible devant la violence d’un combat, mais pas au toucher de “sa” douce et pernicieuse main, sois-en certain !

 

  

*

* * *

*

 

 

Depuis le départ de son amant, la Princesse s’était tenue à l’écart du campement en s’asseyant sur un petit rocher et fixait anxieusement de ses yeux couleur de jade, le chemin qu’avait emprunté son compagnon pour visiter les environs. Elle avait un très mauvais pressentiment et se morfondait d’inquiétude pour son aimé en serrant doucement Mokona dans ses bras. Les deux aînés l’observaient de leur place d’un regard vigilant, presque paternel, pour s’assurer de sa sûreté. Ils avaient remis leurs anciens habits que Mokona avait fait réapparaître en utilisant sa magie, se sentant définitivement plus à l’aise dans ces derniers que dans ceux prêtés par la Sorcière des Dimensions dans l’autre monde.

 

Kurogane décida de rompre l’atmosphère pesante qui s’était installée en demandant brusquement à Fye :

 

« Tu as vu les entailles qu’il avait au cou ?

 

– Oui. Il a prétendu s’être coupé en se rasant, répondit l’homme aux cheveux d’or.

 

– Il avait un poil dans la main pour s’être aussi coupé à cet endroit ?! » persifla le guerrier.

 

Le magicien n’ajouta rien à cette réplique mais son silence en disait long sur ses pensées. Soudainement, ils entendirent la jeune fille hurler et la virent subitement s’élancer droit devant elle sans même se retourner. Ils se levèrent pour aussitôt la suivre et la trouvèrent en pleurs quelques mètres plus loin, soutenant du mieux qu’elle le pouvait un Shaolan titubant et ensanglanté.

 

« Qu’est-ce qu’il t’est arrivé gamin ?!! Qui t’a amoché comme ça ?! questionna le Ninja, visiblement soucieux en découvrant les blessures du garçon.

 

– Dix hommes…, réussit-il péniblement à dire, avant de recracher un caillot de sang. Ils sont partis par là… »

 

Le Gardien leur indiqua une direction à l’opposé de la rivière, espérant bien qu’ils ne se laissent berner par ce mensonge.

 

« Ils m’ont eu par surprise, continua-t-il avant de s’effondrer à terre.

 

– SHAOLAN ! s’écria Sakura, affolée par l’état de son ami.

 

– Princesse ! Restez avec lui ! ordonna Kurogane. Nous allons régler leur compte à ces malfrats ! »

 

Sur ce, le guerrier sortit de son fourreau l’épée qu’il avait conservée de ce monde lors de leur première visite et se précipita vers le lieu indiqué, Fye sur ses talons. De son côté, la jeune fille fit précautionneusement s’asseoir son amant et déchira plusieurs morceaux de sa robe afin de panser ses diverses plaies, pour enfin essuyer le sang qui suintait encore de la morsure qu’il s’était faite aux lèvres.

 

« Sakura…tu y arriveras mieux avec de l’eau. Il y a une rivière un peu plus bas. Tu veux bien aller en chercher ?

 

– Oui, j’y vais tout de suite ! » répondit-elle en se relevant.

 

Elle courut immédiatement vers le campement et revint rapidement munie d’un seau, puis elle s’agenouilla auprès de son compagnon et l’embrassa sur la joue avant de dire :

 

« Je te laisse Mokona ! Je ne serai pas longue ! »

 

Le Gardien la serra tendrement contre lui de son bras valide et lui glissa d’une voix affectueuse à l’oreille :

 

« Je suis désolé pour tout ce qui est arrivé, pour tout le mal que j’ai pu te faire et pour tout ce que tu vas encore endurer par ma faute.

 

– Qu’est-ce que tu racontes ? Tu me fais peur, arrête de dire ce genre de choses !

 

– Je veux juste que tu saches que je n’ai jamais voulu te blesser, petite Fleur de Cerisier. »

 

Shaolan déposa quelques doux baisers dans le creux de son cou en caressant lentement ses cheveux et blottit ensuite sa joue contre la sienne en lui murmurant :

 

« Pardon. »

 

Puis il s’exclama soudainement d’une voix bien distincte :

 

« Néis ! Réveille-toi ! »

 

L’Aura de la Princesse s’éclipsa instantanément derrière celle de la Souveraine qui revint impitoyablement sur le devant de la scène. La Reine ainsi éveillée posa ses yeux glacés sur la bouche de son ancien partenaire et se pencha sur lui pour sucer le sang qui perlait encore sur ses lèvres, avant de se faire stopper brusquement par la main de ce dernier.

 

« Pas maintenant…Lorsque nous serons dans la chambre funéraire tu pourras faire ce que tu veux, mais il y a quelque chose que tu dois accomplir avant cela. »

 

Déçue de remettre à plus tard sa dégustation, Néis dut se soumettre aux ordres de son Seigneur quand son regard fut attiré par le petit être qui se tenait à leurs côtés et s’était écrié :

 

« Sakura ! Où est Sakura ?! »

 

Mokona ne reconnaissait plus la Princesse et ne comprenait pas pourquoi le garçon l’avait appelée par un autre prénom, sans compter cette Aura étrangère qu’il s’étonnait de n’avoir jamais encore ressentie. Car il aurait déjà pu la percevoir de façon furtive dans la maison de Monsieur Kinomoto, s’il n’était pas resté profondément endormi au retour de Shaolan, à l’inverse de ses compagnons. Mais dans tous les cas et avant que la plume contenue dans le corps de Mademoiselle Li ne soit récupérée, le Gardien aurait été le seul capable de sentir sa faible intensité avec l’aide de ses pouvoirs. La Reine avait pu revenir des Enfers en supplantant complètement celle de la Princesse grâce à l’imminente conclusion de cette quête, et son Aura presque entière dans sa force pouvait désormais parfaitement se discerner.

 

« Ne t’occupe pas de lui, Néis. Ecoute plutôt ce que j’ai à te dire. »

 

Elle se détourna de Mokona et plongea ses pupilles dénuées de ténacité dans le bel acajou des iris de son compagnon pour lui manifester toute son attention.

 

« Il y a là-bas un homme qui détient ton bien, mais il ne se laissera approcher que par la seule Aura de sa bien-aimée. Tu devras donc la forcer à s’en emparer d’elle-même en l’influençant par la puissance de ta magie. Prends garde qu’il ne te découvre surtout pas car il est redoutable et pourrait même arriver à te tuer, tant qu’il aura cette plume en sa complète possession. Tu as bien compris ? »

 

Elle acquiesça d’un hochement de tête.

 

« Mon plan pourrait échouer s’il ressentait ma présence dans le coin. Je ne serai donc pas encore là pour t’éveiller totalement une fois chose faite. Alors…si l’impatience devait te gagner, tu pourras exprimer tes pulsions meurtrières à travers elle. Mais je ne pense pas que tu en tireras la même satisfaction. »

 

Au sourire qu’elle lui fit en guise de réponse, il comprit qu’elle le ferait quand même avec le plus grand plaisir.

 

« Bien…Tu pourras également boire son sang, puisqu’il s’agit de mon double. La saveur devrait être identique, sauf si c’est ma plume qui génère ce goût de sucre que tu aimes tant…Enfin, tu verras bien et ça te fera toujours un petit encas en attendant le mien. »

 

La diabolique Souveraine était aux anges de cette permission que lui avait accordée son gouvernant. Elle se blottit tout contre lui pour le remercier dans une chaleureuse étreinte et l’entendit ensuite lui demander :

 

« Autre chose. Laisse-leur un peu de temps pour profiter une dernière fois l’un et l’autre dans le monde des vivants… Rendors-toi maintenant. »  

 

La Reine se conforma à ses instructions et fit revenir la Princesse dans l’instant.

 

 

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La Sorcière des Dimensions s’était resservi un énième verre de saké après s’être assurée que son neveu avait enfin réussi à trouver le sommeil, lorsque son serviteur entra dans le salon en tenant le Mokona noir dans ses bras.

 

« L’autre Mokona souhaiterait vous parler. » dit-il.

 

La communication s’effectua sans encombre entre les deux mondes et Yûko découvrit le petit être blanc en compagnie du Gardien.

 

« Eh bien ! Tu m’as l’air en piteux état, Shaolan !

 

– Ca vous étonne ?! répondit ce dernier, énervé par cette remarque teintée de moquerie.

 

– C’est affreux ! s’écria le Mokona blanc. Sakura est…

 

– Je sais, l’interrompit la Sorcière. Ne t’en mêle surtout pas ! Alors Gardien, tu as mis ton plan à exécution en l’envoyant revoir ton clone ?

 

– Oui.

 

– Et où te trouves-tu maintenant ?

 

– Suffisamment loin pour que personne ne puisse sentir ma présence en attendant le moment opportun.

 

– Je vois…Dis-moi, es-tu toujours autant attaché à l’idée d’engendrer ?

 

– Vous m’avez enlevé tout espoir de voir un jour grandir ma descendance. Je trouve votre question fortement déplacée puisque jamais plus je ne verrai ce désir se réaliser.

 

– Ton cœur est peut-être actuellement déserté par l’Espérance, mais ne crois-tu pas que même un mort puisse veiller sur sa lignée du haut du ciel ?

 

– Arrêtez de me parler dans un langage voilé ! Mais pour vous répondre, j’espère ne pas avoir d’enfant dans cette vie car c’est le prix que j’ai payé pour l’accomplissement de mon vœu. Si je devais en avoir un, cela signifierait que mon souhait aurait été annihilé et ma mission impossible à achever !!

 

– Es-tu certain de devoir tuer la Princesse pour éradiquer cette force maléfique ? Tu n’as peut-être pas exploité toutes les possibilités. »

 

Le Gardien se tut quelques minutes en songeant à cette réflexion. Oui, il y a avait bien une autre solution. Mais rien ne pouvait l’assurer de son succès et il ne voyait pas pour quelles raisons il serait le seul à en subir les frais.

 

« Je ne suis pas convaincu de pouvoir à moi seul la purifier. Il faudrait pour cela me dupliquer dans la perfection afin d’augmenter mes chances de réussite… et vous savez bien que les pouvoirs de ma plume ne sont pas reproductibles. »

 

Ils peuvent pourtant s’hériter par le sang, mais il ne semble pas en avoir conscience, pensa Yûko. Il est persuadé que si elle ne peut pas se copier, elle ne peut pas non plus se transmettre génétiquement.

 

« Et pourquoi devrais-je mourir pour elle tout en la laissant vivre ? reprit-il. Je me suis beaucoup attachée à elle…c’est vrai…Mais je ne serai pas le seul à partir et ne m’en irai que lorsque je me serai assuré de son dernier souffle, enfermée dans ce tombeau scellé par ma main. »

 

La Sorcière se résigna et n’ajouta pas un mot. Lui avouer le pacte passé entre Mademoiselle Li et elle, n’aurait eu pour résultat que de le faire enrager, sans pour autant le faire changer d’avis. Il ne cherchait pas à saisir le sens caché de ses phrases et vu son actuelle condition, cela pouvait se comprendre. Tant qu’il n’aurait pas une preuve évidente juste sous le nez, il ne renoncerait pas, car seule la détermination de conclure cette tâche résidait à présent dans son cœur meurtri. Et malheureusement, la conception était trop récente pour qu’il puisse percevoir l’Aura de son enfant. Un seul pourrait certainement la déceler grâce à ses nouveaux pouvoirs démesurés, ce qui rassura d’ailleurs grandement la Sorcière. Ce dernier serait ainsi deux fois plus attentif envers sa protégée et ne se permettrait donc aucun geste brusque.

 

 

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Sakura se dirigeait au pas de course vers la rivière quand une silhouette attira son attention. Un homme au torse nu et couvert d’égratignures était assis au bord de l’eau, en train de se faire un garrot au niveau du genou avec le tissu de son haut, qu’il nouait avec force autour d’un épais bout de bois plaqué contre sa jambe pour la maintenir droite. Après un instant d’hésitation, elle osa quand même se rapprocher pour aller prendre le clair liquide dont elle avait besoin pour laver les blessures de son compagnon. Néanmoins, elle s’éloigna de l’inconnu en prenant garde de ne pas le regarder et s’agenouilla pour commencer à remplir discrètement son récipient, en espérant qu’il ignore sa présence. Mais des bruits de pas chancelants en sa direction lui firent comprendre qu’elle n’était pas passée inaperçue.

 

« Tu es revenue. »

 

La Princesse lâcha son seau en entendant ces mots prononcés par une voix qui lui parut affreusement familière. Elle se retourna subitement pour découvrir en levant la tête, un parfait sosie de son amant, qui la fixait intensément de ses froides pupilles. Le souffle lui manqua, stupéfaite de rencontrer un autre double de Shaolan. La jeune fille crut au début qu’elle avait en face d’elle le mari décédé de Mademoiselle Li, puis elle se ressaisit immédiatement pour réaliser que cela était impossible.

 

« Qui… qui êtes-vous ? demanda-t-elle la voix tremblante.

 

– Tu m’as abandonné pour te laisser duper par sa ressemblance et tu ne me reconnais pas aujourd’hui ? dit-il d’un ton glacial.

 

– Je… Je ne comprends pas ce que vous insinuer. » répondit-elle, effrayée.

 

Le jeune homme fronça les sourcils à l’écoute de sa réponse et brusquement, elle sentit un courant électrique lui traverser le corps de part en part et la figer dans une complète paralysie. Le garçon se baissa ensuite pour la prendre dans ses bras et la transporter dans un autre endroit sans qu’elle ne puisse appeler au secours, car ce pouvoir exercé sur elle ne lui laissait que la simple capacité de respirer.

 

(Note exceptionnelle du pseudo auteur : Merci douce plume d’avoir conféré ce pouvoir au clone ! ENFIN ils se retrouvent ! Il était temps, je commençais à m’ennuyer ferme ! Vas-y mon p’tit loup, elle est toute à toi !!! ^-^)

 

Impuissante et immobilisée, Sakura ne put que contempler les nuages qui assombrissaient le ciel, pendant que son kidnappeur l’emmenait à couvert à quelques pas de là. Après quelques minutes d’une marche ralentie par sa blessure au genou, il pénétra dans une grotte et la déposa avec précaution sur une couche, sans pour autant la délivrer de son inertie. Puis il écarta doucement quelques mèches d’un blond vénitien qui masquaient le visage de la belle, avant de l’examiner d’un regard inquisiteur. Ses iris s’arrêtèrent soudainement au niveau de ses hanches et il entreprit de relever sans ménagement la robe de celle-ci jusqu’à sa fine taille.

 

Transie de peur, la Princesse se mit à verser quelques larmes silencieuses qui roulèrent lentement sur ses petites joues, ne pouvant exprimer d’une autre manière la terreur qui l’avait envahie. Elle ne savait pas qui il était, elle ne savait pas non plus avec exactitude le lieu où elle se trouvait et était désormais persuadée par son geste qu’il allait abuser d’elle. Les battements de son cœur s’accélérèrent, sa respiration se fit de plus en plus saccadée et elle eut l’impression que sa gorge se nouait sous l’abominable angoisse de découvrir ce qu’il allait lui faire subir. Mais à son grand étonnement, il se contenta d’appliquer une main en dessous de son nombril et de fermer les yeux pour vraisemblablement se concentrer. Sous sa peau qui montait et descendait rapidement au rythme de son souffle précipité, la jeune fille sentit alors une délicieuse chaleur s’immiscer dans son corps et se propager immédiatement jusqu’au creux de ses reins, comme si elle cherchait à sonder l’ensemble de son intimité. Et au bout de quelques secondes, l’étranger se pencha sur elle pour poser délicatement sa joue contre son ventre en laissant sa main sur elle, avant de conclure cet étrange examen en s’exclamant d’un ton neutre:

 

« Ma Porteuse, tu es enceinte. Il me faudra donc redoubler de vigilance à ton encontre. »

 

 

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Musique pour écrire certains passages dont la fin : Bond, « Hymn » :

http://www.youtube.com/watch?v=pWU8KyqdW8E

 

 

o O o

 

 

La Sorcière s’enfonça dans son fauteuil en entamant sa deuxième bouteille de saké. Le soleil se levait, annonçant par ce ciel teinté de magnifiques couleurs orangées la venue d’un nouveau jour et d’une nouvelle vie pour son neveu. Il devrait patienter de nombreuses années avant de se faire libérer du maléfice de son sceau, si son plan fonctionnait. Mais rien n’était encore joué. Le dernier acte de cette sordide pièce de théâtre dont le protagoniste était un enfant encore à l’abri dans le ventre de sa mère avait seulement débuté.

 

Elle alluma une cigarette et aspira une grande bouffée, avant de lentement rejeter dans les airs la fumée de son tabac.

 

Si elle avait su lors de sa rencontre avec le Gardien que son neveu allait également être enrôlé malgré lui dans cette histoire un peu plus tard, elle lui aurait demandé un autre prix. Elle sourit en songeant à cela. Voilà qu’elle divaguait ! Elle n’aurait pas pu lui réclamer un autre sacrifice, car c’était ce qu’il avait de plus précieux étant dépossédé de toute autre chose. Même sa deuxième vie ne lui appartenait pas réellement puisque sa renaissance était l’œuvre de Clow, qui ne l’avait pas fait revenir sur terre pour profiter de sa nouvelle existence, mais dans un but bien précis et fort sinistre.

 

Pauvre enfant, pensa-t-elle. C’est lui le plus infortuné dans cette aventure.

 

Revivre pour se voir ordonner d’achever la destinée d’une autre en même temps que la sienne. Après la première mort atroce qu’il avait déjà dû endurer… Et dire qu’il avait malgré tout gardé un peu d’espoir.

 

Espérance que j’ai dû lui prendre, se dit-elle. Clow, sois tu es sans cœur, sois tu savais très bien comment tout cela allait se dérouler et tu l’as ressuscité dans l’intention de te servir, mais également pour qu’il voie un jour un de ses rêves s’accomplir.

 

Mais le défunt Roi était resté bien secret quant à ses réelles pensées.

 

C’est tout toi, Clow.

 

Mademoiselle Li pourrait aussi voir son désir comblé et la Sorcière était très satisfaite du marché qu’elle avait fait avec elle. La jeune fille voulait se retrouver aux côtés de son époux, dont l’âme allait bientôt se réincarner dans l’enveloppe charnelle du bébé qu’elle portait et Yûko n’empêchait pas l’âme d’un mort de revenir dans le corps qu’elle avait choisi. Cela ne faisait définitivement pas partie de ses principes. Par ailleurs, les puissants pouvoirs de son enfant, hérités de Clow, étaient largement suffisants pour payer le prix de sa requête et cette force vitale perdue pouvait très bien être employée à bon escient. Autant l’utiliser pour aider ceux qui lui avaient permis de revoir son aimé et de ne plus être une veuve éplorée jusqu’à la fin de ses jours, grâce à son voeu prochainement exaucé. 

 

La Sorcière se remit à penser à la formulation de son premier souhait :

 

« Afin que le Gardien de nouveau puisse engendrer

Et que son Clone connaisse une toute autre destinée.

De ma vie,

J’en payerai le prix. »

 

Oui, c’était la meilleure solution. Yûko avait d’ores et déjà concrétisé la partie la plus urgente du souhait, une sorte “d’avance”, puisqu’elle savait que Mademoiselle Li ne reviendrait pas sur sa décision. Le reste viendrait quand elle aurait cette vie, une fois que son enfant serait né. L’entière énergie vitale de la jouvencelle était d’une grande valeur et pouvait sans conteste suffire à modifier le cours de cette histoire. Il en était de même pour la magie de son bébé qui lui était devenue précieuse, puisqu’elle lui permettait de sentir la présence rassurante de son mari décédé à ses côtés.

 

La Sorcière n’avait plus qu’à attendre maintenant. Patienter jusqu’à ce qu’une nouvelle page de ce livre imaginaire soit tournée. Livre qui racontait une bien triste histoire et dont le titre le plus approprié, si elle avait été publiée, aurait certainement été “L’Enfant”.

 

 

The Child

 

 

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* * *

*

 

 

Le Gardien se recroquevilla sur lui-même pour se réchauffer du froid qui l’entourait, la température ambiante ayant considérablement chuté. Le ciel était désormais noir et les premières gouttes de pluie tombaient lentement sur son visage, roulant doucement sur ses joues pour finir par mourir dans le creux de son cou.

 

« Tu n’es pas mon Shaolan ? C’est ça ? demanda Mokona.

 

– Non.

 

– Tu veux faire du mal à Sakura ? Pourquoi ?

 

– Si seulement mon protecteur m’avait laissé un tout autre choix…» répondit-il la voix tremblante, en tentant d’étouffer un sanglot.

 

Le jeune homme n’en pouvait plus et désirait maintenant que son cauchemar se termine au plus tôt. Il ne supportait plus la torture de son âme et ne souhaitait plus que retrouver la paix de son esprit auprès de son aimée. Elle était libre et soulagée alors que lui était encore prisonnier de sa mission. Mais bientôt…

 

Bientôt.

 

Il quitterait cette réalité qui le faisait horriblement souffrir et qu’il ne voulait plus endurer. Shaolan se mit à pleurer sans pouvoir se retenir. Le petit être considéra alors sa peine et tendit ses petites pattes vers lui pour lui proposer un câlin. Le garçon sourit et le prit dans ses bras en laissant les larmes s’écouler de ses yeux attristés, tandis que Mokona se blottissait contre lui pour compatir à sa douleur en l’étreignant du mieux qu’il le pouvait.

 

 

*

* * *

*

 

 

La Princesse n’en était pas revenue de ce que lui avait dit cet inconnu. Elle était enceinte ? Comment pouvait-il en être sûr ? C’était impossible à savoir maintenant ! Et pour quelles raisons l’avait-il appelée “Porteuse” ? Il ne l’avait pas encore libérée de sa paralysie et elle pouvait entendre au bruit d’écoulement, qu’il était en train de remplir un récipient d’eau. Vu le nombre d’allers et retours qu’il avait effectués entre cette grotte et la rivière, cela devait certainement être une grande cuve pour prendre un bain ou faire une lessive, elle ne savait pas vraiment. La jeune fille ne pouvait pas voir ce qu’il faisait, car son immobilité ne lui laissait que le loisir de fixer les parois de ce sombre endroit, au-dessus d’elle. Puis il revint vers elle et chercha son regard avant de lui dire d’une voix ferme :

 

« Je vais laver mes blessures. Mange en attendant. C’est préférable vu ton état. Tu trouveras de la nourriture sur la petite table à côté de toi. »

 

Il la délivra soudainement de son emprise et s’en retourna à son occupation. Immédiatement, Sakura se redressa pour observer le lieu où il l’avait emmenée et constata que l’étranger s’était aménagé un véritable petit intérieur. Tout le nécessaire pour vivre dans l’aisance était présent et rien ne manquait à ce confortable petit nid douillet. Mais pourquoi résider ici et non dans une maison ? Elle ne se posa pas cependant davantage de questions, bien décidée à saisir cette occasion pour s’enfuir.

 

Elle se leva et bondit vers la sortie sans laisser le temps au garçon de réagir, jusqu’à ce que sa course soit brutalement stoppée par un mur invisible qui la séparait de l’extérieur. La Princesse se cogna violemment contre cette cloison transparente et paracheva sa tentative d’évasion en glissant sur une flaque d’eau savonneuse, qui la fit brusquement basculer en arrière. Elle termina sa chute en atterrissant lamentablement les fesses les premières dans le grand récipient en bois, rempli à ras bord, qui était situé juste derrière elle.

 

« Tu veux prendre un bain toi aussi ? » lui demanda-t-il, le visage stoïque.

 

La demoiselle - ridiculisée - attrapa le savon laissé à terre, cause de son misérable plongeon forcé pour s’être mêlé au liquide déversé et le lança sans vergogne à la figure de son kidnappeur. Le singulier jumeau de son amant évita de justesse le petit projectile et resta quelques instants à contempler sa Porteuse trempée, qui le fixait maintenant d’un regard assassin.

 

« C’est une barrière née de ma magie pour empêcher quiconque d’entrer… ou de sortir. Je suis le seul à pouvoir la traverser. »

 

Elle ne répondit pas à son explication, trop furieuse de s’être fait ainsi humilier par son petit tour de passe-passe.

 

« Il va falloir que j’aille te trouver des vêtements secs. »

 

Sa rage quelque peu dissipée, Sakura réalisa qu’elle était complètement mouillée de la tête aux pieds et que l’eau dans laquelle elle baignait était affreusement glacée. Il devait être dérangé ou totalement insensible au froid, pour vouloir se laver dans un pareil liquide sans l’avoir au préalable fait chauffer. L’inconnu s’avança alors vers elle pour l’aider à se relever, mais elle repoussa sa main en lui criant :

 

« Ne me touchez pas ! »

 

Obéissant, il la laissa donc se débrouiller toute seule et l’observa sans mot dire se diriger vers l’unique couche du petit habitat pour se blottir sous les draps.

 

« Enlève tes habits, je vais les faire sécher. Ce n’est pas prudent dans ta condition. Tu portes un bébé.

 

– Laissez-moi tranquille ! ordonna-t-elle.

 

– Il ne faut pas que tu tombes malade. Je vais le faire si tu t’y refuses. C’est pour ton bien. »

 

Ah non ! Hors de question ! Il ne posera plus une main sur elle !

 

Elle se résigna donc à suivre ses “recommandations” car elle n’avait absolument pas envie de se retrouver encore paralysée et lui donner ainsi l’occasion de la tripoter.

 

« C’est bon ! Je vais le faire, mais ne m’approchez plus ! »

 

Le garçon n’ajouta pas un mot et attendit qu’elle ait fini de se dévêtir en cachant sa nudité sous la couverture, pour récupérer ensuite ses affaires jetées à terre et aller les étendre dans un coin de la grotte. Sakura lui tourna le dos pour ne pas croiser son regard et se mit à verser quelques larmes en silence, pendant qu’elle l’entendait lui-même se déshabiller et s’immerger dans son bain. Elle larmoya longtemps en s’inquiétant du sort qu’il pouvait bien lui réserver et finit par se retrouver plongée dans un demi-sommeil, fatiguée d’avoir autant pleuré.

 

Elle rêva du visage de Shaolan en se demandant si elle pourrait un jour le revoir. Que faisait-il en ce moment ? Avait-il pu alerter ses compagnons pour partir à sa recherche ? Puis elle entendit sa voix dans son esprit lui chuchoter doucement :

 

« Sakura… Sakura tu m’entends ?

 

– Oui. »

 

Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait parlé à voix haute.

 

« Sakura, c’est moi… Je suis fou de joie que tu sois revenue. Je ne sais pas combien de temps ta Plume me maintiendra réellement conscient, c’est tellement variable par moment. Mais sache qu’elle m’a sauvé la vie. C’est ton amour prisonnier de celle-ci qui m’a permis de survivre à l’attaque de ce double. Cet autre moi avec lequel tu es partie sans t’apercevoir de sa tromperie. Regarde-moi, redécouvre mon visage et tu comprendras. Je t’aime Sakura. »

 

Sa voix était empreinte de tristesse comme s’il était sur le point de pleurer, mais elle n’avait jamais été aussi tendre. Puis la chaleur d’un bras passé autour de sa taille par-dessus l’étoffe qui la recouvrait, la fit soudainement s’éveiller. Elle se retourna brusquement et découvrit le jeune homme à seulement quelques centimètres d’elle.

 

Mais… ces yeux… Ce regard…

 

Ce regard éclairé par l’amour et la joie qu’elle avait pu lire dans les yeux de Shaolan, lorsqu’elle lui avait avoué ses sentiments il y a quelques temps. Il versait une larme à présent.

 

Mon Dieu…

 

Ce n’était pas un rêve.

 

Non.

 

Cette voix, c’était lui.

 

Dites-moi que ce n’est pas vrai ! Je vous en prie !

Non… Tout mais pas ça…

 

Elle effleura délicatement ce visage qu’elle reconnut totalement pour en avoir un jour redessiner les contours du bout des doigts.

 

La rudesse de sa peau malgré son jeune âge, les quelques marques laissées sur ses joues qui résultaient des derniers combats, la petitesse de son nez, le rebondi de sa bouche…

 

Elle porta une main à ses lèvres pour réprimer un sanglot qui ne demandait qu’à retentir et s’effondra en pleurs. 

 

« Sha… Shao… lan ? dit-t-elle d’une voix tremblante, submergée par une émotion beaucoup trop douloureuse pour la faire arriver à parler sans difficulté.

 

– Sakura… Tu promets de ne plus me quitter désormais ? » lui murmura-t-il doucement, avant que cette lueur de sentiments qui animait son regard ne cède de nouveau la place aux froides pupilles qu’elle lui avait connues un peu plus tôt.

 

Elle ne cessa de secouer la tête, refusant encore pendant quelques minutes d’admettre complètement la réalité, sans pourtant détourner les yeux de ces iris bruns redevenus comme ceux d’un vulgaire pantin.

 

Vides. Dénués d’expressions humaines.

 

« Non… »

 

Elle se blottit contre son torse et serra dans ses petits poings le vêtement qu’il avait passé en sortant de son bain, puis elle laissa éclater sa souffrance en hurlant dans une profonde et poignante complainte. Les larmes ruisselèrent sur ses petites joues pendant qu’elle criait jusqu’à en perdre la voix. Elle ne pouvait plus s’arrêter.

 

Qui était l’Autre qui avait osé la toucher ? Qui était-il ?

 

Pourquoi ?

 

Ce fut à bout de souffle et n’ayant plus une seule goutte de chagrin à verser tant elle avait larmoyé, qu’elle finit une demi-heure plus tard par laisser les sanglots continuer de secouer son corps, sans s’éloigner un instant de celui qui était son véritable amant.

 

Elle avait mal.

 

Comment n’ai-je pas pu m’en rendre compte avant ?

 

Elle avait froid.

 

Seigneur… Pourquoi ? Je vous supplie de me donner la raison de ce tourment…

 

Elle ne voulait plus déserter cet endroit, pour rester éternellement avec lui.

 

Mon Dieu… Plus jamais…

 

« Plus jamais je ne te quitterai. » 

 

Elle refusait cette plume qui s’était logée en lui et qui par moment avait la capacité de lui redonner conscience, de le faire redevenir lui-même, le garçon qu’elle avait appris à aimer durant leur aventure.

 

« Tu sembles être gelée, Porteuse. »

 

Sakura se redressa pour s’asseoir sur la couche, en passant une main sur ses joues pour essuyer ses pleurs et contempla avec tristesse son ami retrouvé.

Oui, elle avait froid. Cela lui arrivait de plus en plus souvent d’éprouver cette désagréable sensation sans pourtant en comprendre l’origine, car elle ne savait pas que les plumes contenues dans son être en étaient la cause. Sa peau était chaude et la sienne glacée. En reniflant, elle incita Shaolan à enlever ses vêtements.

 

« Que fais-tu ? demanda-t-il d’un ton impassible, blessant un peu plus le cœur de la jeune fille.

 

– Ta Porteuse a besoin de la chaleur de ton corps pour se réchauffer. » répondit-elle d’une petite voix, le visage marqué par la peine.

 

Elle voulait qu’il imprègne son odeur sur son épiderme pour effacer celle de l’imposteur qui avait osé poser la main sur elle. La Princesse s’allongea ensuite et l’attira sur elle, en soupirant de soulagement lorsqu’elle sentit la douce chaleur de sa peau contre la sienne, puis elle le serra dans ses bras et commença à caresser ses cheveux en fermant les yeux. Mais il ne réagit pas à ses caresses. Elle prit son visage entre ses mains pour le relever et plongea ses deux petites perles de jade dans le regard ambré de son compagnon, puis elle déposa un baiser sur ses chaudes lèvres et lui demanda dans un murmure suppliant :

 

« Fais-moi l’amour. »

 

Sakura voulait lui appartenir corps et âme, mais il ne dit pas un mot. Elle continua néanmoins de l’embrasser et parcourut délicatement son dos en appréciant la douceur de sa peau, avant d’effleurer d’une main hésitante l’intimité de son amant pour l’éveiller au désir, naturellement. Une fois l’envie suscitée, elle l’amena jusqu’aux portes de son petit sanctuaire profané par un autre et l’entraîna à s’immiscer doucement en elle, en posant ses mains sur le bas de son dos pour guider son immixtion. Elle soupira alors de plaisir en le sentant s’insinuer lentement et prendre possession de ce territoire qu’il aurait dû être le premier à découvrir. La jeune fille l’encouragea ensuite à effectuer de douces allées et venues au plus profond de son petit temple et se blottit tout contre lui en gémissant discrètement à chaque délicat retour de ses reins.

 

Dans cet acte d’amour qu’elle seule prenait réellement plaisir à vivre, elle décida de le supplier de revenir pour partager avec elle cet instant en lui susurrant d’une voix sanglotante à l’oreille :

 

« Je t’aime… Je n’appartiens plus qu’à toi. S’il te plaît, reviens-moi. »

 

Pour toute réponse, il enfouit son visage dans le creux de son cou sans mot dire.

La petite Princesse attristée voulait se faire aimer de celui qu’elle considérait comme le seul Maître de ses pensées, mais n’obtint malheureusement pas la réaction tant désirée. Elle commença donc à reverser une larme, quand elle sentit soudainement la chaleur d’un baiser sur sa peau dénudée. Shaolan releva la tête et plongea son regard transi d’amour dans les yeux émerveillés de l’Impératrice de son cœur.

 

« Shaolan… Shaolan, je t’aime. » dit-elle en laissant de nouveau les pleurs ruisseler sur ses joues.

 

Il lui était enfin revenu. Leur amour partagé l’y avait aidé. Mais pour combien de temps ?

 

Le garçon l’embrassa passionnément d’un baiser exalté, comme jamais on ne l’avait encore embrassée. Les paroles n’étaient plus utiles car de ses gestes attentionnés, de ses caresses tant souhaitées, de la douceur dont il faisait preuve pour parcourir son corps de jeune femme et achever l’éveil de son désir, il lui témoignait avec suffisamment de fougue la passion qui résidait en lui. Il s’allongea de nouveau délicatement sur elle pour lui glisser à l’oreille ces trois petits mots d’amour :

 

« Je t’aime. »

 

Puis il toucha doucement sa poitrine en capturant ses lèvres pour laisser glisser entre elles sa langue désireuse de rencontrer une nouvelle fois sa congénère. Ce fut à ce moment qu’elle réalisa que cette paume rugueuse qui avait su la transporter dans une véritable félicité, était étrangement similaire à celle dont elle s’était récemment souvenue. Cette peau abîmée par un travail effectué durant des années que sa dernière plume lui avait permis de se remémorer, était parfaitement identique à celle qui prodiguait maintenant du plaisir à son corps. Sakura voulut trouver une réponse à cette curieuse ressemblance en se concentrant pour faire ressurgir de sa mémoire les plus enfouis de ses souvenirs, mais une atroce migraine envahit alors son esprit.

 

Non. Elle ne voulait pas gâcher ses retrouvailles par cette désagréable sensation. Elle oublia donc cette idée pour se laisser emmener au pays des merveilles par son amant enflammé de désir. Ils auraient certainement tout le loisir de parler après cela.

 

Laissons place maintenant à l’expression corporelle de nos sentiments.

 

Shaolan embrassa chaque centimètre de sa peau, chaque partie de son corps et finit ses douceurs par une des meilleures, en frôlant d’une timide langue son intimité féminine pour finalement oser approfondir sa caresse en appréciant l’écoute de ses soupirs qui redoublaient d’intensité. Puis il remonta vers son visage pour déposer quelques tendres baisers sur ses joues et amena son ardente virilité à l’entrée de son petit fruitier qu’il se languissait déjà de consciemment revisiter. A cet instant, il s’immisça en elle dans une telle douceur, une telle délicatesse, qu’elle se cambra de plaisir en le sentant redevenir le seul maître de son corps. Elle blottit sa tête contre son épaule en le serrant dans ses bras et s’entendit gémir sous sa délicieuse cadence.

 

Divin.

 

C’était le seul mot qui lui venait à l’esprit en se faisant enfin totalement posséder par son ami.  

 

Le percevoir en elle.

 

Ressentir son désir augmenter au rythme de ses reins.

 

Cette douce chaleur qui naissait dans le bas de son ventre.

 

Sa respiration qui se faisait de plus en plus haletante.   

 

Leur cœur qui battaient à l’unisson. La danse sensuelle de leur corps qui s’accélérait discrètement à l’approche de l’orgasme.

 

Tous les éléments étaient réunis pour parfaire dans l’excellence cette union.

 

Ils goûtèrent en même temps à la sublime jouissance de cet acte d’amour. Shaolan blottit sa joue contre la sienne pour lui laisser le privilège de l’entendre jouir au creux de son oreille, tandis que la demoiselle laissait son ressenti s’exprimer dans un intense gémissement. Le plaisir de la jeune fille s’en trouva même renforcé lorsqu’elle sentit la semence de son amant envahir son intérieur, comme pour effacer toute trace de celle de son imposteur. Il l’embrassa ensuite doucement avant de s’allonger délicatement à ses côtés, pendant qu’elle se serrait tout contre lui en posant une main caressante sur son torse pour apprécier les pulsations précipitées de son cœur.

 

C’est alors qu’elle la perçut… Qu’elle sentit cette force étrangère l’envahir, la dominer brutalement. Quelque chose prenait possession de son être tout en la maintenant consciente. Elle vit une éclatante lumière jaillir du contact de sa paume contre la poitrine de son ami et écouta effrayée le cri de douleur qu’il poussa subitement, sans même pouvoir bouger. Terrorisée, elle tenta d’écarter la vraisemblable cause de sa souffrance mais ne réussit qu’à se redresser sur son bras vacant, pour assister impuissante à l’imminente mort de son amant. Ils fixèrent alors tous deux l’objet de leurs mutuelles craintes, pour voir poindre sous la main de la Princesse un halo noir contenant une plume, sa Dernière Plume, d’un blanc immaculé.

 

Le cercle ténébreux souleva lentement l’avant-bras de la jeune fille au fur et à mesure qu’il s’extirpait du corps de son compagnon, leur permettant ainsi de discerner un emblème bien étrange sur sa face apparente. Un cœur rose y était dessiné contrastant avec sa blanche teinte, entouré par deux ailes couleur de sang qui semblaient l’emprisonner impitoyablement. Puis elle pénétra le bras de la Princesse pour s’y engouffrer totalement, en remontant lentement le long de son membre pour s’en aller rejoindre ses consoeurs qui l’attendaient impatiemment. Shaolan, pris de panique, attrapa immédiatement le visage de Sakura pour l’embrasser une dernière fois, avant de lui dire d’une voix qu’il voulait rassurante :

 

« Ce n’est qu’un juste retour. Quoiqu’il m’arrive maintenant, sache que je t’aimerai éternellement et je reste convaincu que si nous devions être séparés, cela ne serait que pour mieux nous retrouver. »

 

La jeune fille ne put répondre à cela, car elle n’était plus maîtresse de son enveloppe charnelle et n’était réduite qu’à l’état de simple spectatrice. Son esprit était confus, ses pensées incohérentes et elle ne comprenait définitivement pas ce qu’il se passait. Puis elle vit sa main se reposer malgré elle sur le torse de son compagnon pour l’envoyer tout droit dans l’autre monde, alors que la Mémoire de ses Sentiments Perdus refaisait surface.

 

C’était Lui. Mon Dieu… Non…

 

Le jeune homme se cambra et hurla de douleur.

 

Pitié…

 

Elle voyait tous les moments passés à ses côtés défiler dans sa tête, réalisant ainsi que l’absence qu’elle ressentait dans certains de ses souvenirs, trouvait maintenant une réponse par sa seule existence.

 

Pitié de le laisser en vie…

 

Du sang suinta de ses oreilles et de ses narines, puis la substance sanguine apparut au coin de ses yeux pour perler sur ses joues, comme s’il pleurait. 

 

Il était le propriétaire de cette paume rugueuse qui l’avait caressée dans cet endroit qui ressemblait à une chambre funéraire.

 

Ce fut à cet instant bien précis qu’elle entendit un bruit sourd, en même temps que le buste de Shaolan se convulsait dans une ultime secousse, pour finir par retomber inerte sur la couche.

 

Il était celui qu’elle avait aimé depuis l’enfance.

 

Son cœur avait explosé.

 

Il était son aimé.

 

Elle le savait.

 

Il l’avait toujours été.

 

Elle l’avait tué.

 

Mais elle ne pouvait que laisser les larmes ruisseler sur son visage, car quelqu’un d’autre était désormais maître de son être.

 

La Princesse avait assassiné son amant dans une dernière et meurtrière caresse.

 

 

o O o

 

 

Watashi wa anata ga suki desu

 

Je t’aime…