FYE’S PAST

Quand ton Aura me rappelle ces maux d’autrefois…

 

 

 

 

 

Mot de l’auteur :

 

Hello ^-^ pour ceux qui ont eu le courage d’avoir attendu la suite !

Ok, ok…j’ai plusieurs mois de retard…. ‘-_- . Pardon à genoux….

 

Tout simplement car je me suis un peu égarée chez Harry Potter. Rien ne vous empêche cependant de lire ces derniers écrits ^-^ !

 

Allez, je me fais de la pub ^-^ :

 

Titre : Quand je te remplacerai parmi les Anges…

Genre : Drame, Erotique.

Couples : Drago/Hemione et Harry/Hermione

Rating: R

 

Trailer par Kitty50:  

http://www.youtube.com/watch?v=wIJHfuWTNiQ

 

Montages de Neko AP:

http://img61.imageshack.us/img61/9739/banquandjetefd1.jpg

http://img518.imageshack.us/img518/4175/banquandjete2on4.jpg

http://img442.imageshack.us/img442/4983/banquandjete3qy7.jpg

http://img45.imageshack.us/img45/8642/banquandjete5xx8.jpg

 

Neko AP et Moonjameskitten:

http://img45.imageshack.us/img45/7492/banquandjete4moonjameskaz0.jpg

 

 

Titre: La défectueuse gourmandise

Genre: Humoristique, Erotique.

Couple: Drago/Hermione

Rating : R

Montages de Neko AP :

http://img442.imageshack.us/img442/5285/banladgat0.jpg

http://img442.imageshack.us/img442/2711/banladg1jf0.jpg

http://img442.imageshack.us/img442/2961/banladg2jy1.jpg

 

 

Titre : Nymphésis, Sex Toy

Genre : Lemon ! Lemon !! ^-^

Couples…ou plutôt trio : Drago/Hermione/Harry

Rating :  plus de 18 ans

 

Allez sur le site fanfic-fr.net, pseudo bibi-chan, pour les lire ! ^-^

 

 

Montages Neko AP pour la fiction “The Child”:

 

*Alter ego (Shaolan de TRC et celui de The Red Seal, avec les yeux Majorelle) :

http://img232.imageshack.us/img232/8124/alteregoxk7.jpg

 

*Jeux interdits:

http://img113.imageshack.us/img113/9995/dessinjeuxinterditsie3.jpg

 

* The Child :

http://img113.imageshack.us/img113/6112/thechildrf3.jpg

 

*My obsessive desire (Shaolan de The Red Seal avec la princesse de The Child) :

http://img444.imageshack.us/img444/6003/myobsessivedesiregf5.jpg

 

* Reflection (Shoa The Child et Shao The Red Seal) :

http://img459.imageshack.us/img459/1581/reflectiondh5.jpg

 

 

 

Dessins de Neko AP :

 

* Who’s afraid of bad twins wolves ?:

http://img113.imageshack.us/img113/8000/safraidofbadtwinswolveshk6.jpg

 

* Sexy Shao (The Red Seal) :
http://img252.imageshack.us/img252/7908/dessinsexygn3.jpg

 

* Wanted (The Red Seal):

http://img338.imageshack.us/img338/3117/wantedvm7.jpg

 

 

Montages de Neko AP pour The Red Seal :

 

* Evil:

http://img248.imageshack.us/img248/5267/evilcx1.jpg

 

* Shao blue/red:

http://img248.imageshack.us/img248/4110/shaobluenh2.jpg

http://img70.imageshack.us/img70/1592/shaoredes1.jpg

 

* Shaolan Dragon:

http://img248.imageshack.us/img248/8391/shaodragoncd8.jpg

 

* Shao The red Seal:

 

http://img70.imageshack.us/img70/6471/shaotheredsealrm0.jpg

 

* Too Sexy:

http://img443.imageshack.us/img443/4199/toosexyhv5.jpg

 

Merci à Kitty50 et Neko AP! ^-^

 

 

o O o

 

 

Musique écoutée pour l’écriture de ce passage, « Requiem for a Dream » :

 

http://www.youtube.com/watch?v=aESWaQ-9k6M

 

 

o O o

 

 

De l’intérieur, tu découvriras le sens du mot douleur…

 

 

o O o

 

 

Cette Aura… Cette Aura malsaine revenue d’une époque lointaine. Cette pernicieuse et prestigieuse énergie, détenue par cette Impératrice au royaume anéanti et qui avait été à l’origine de mon sort de mignon asservi. Cette Souveraine qui s’était laissé séduire par la folie de mon Roi et qui avait été l’instigatrice de ma condition d’autrefois. Cette femme que l’on avait dit d’une grande beauté mais dont je n’avais jamais connu ni le visage ni le nom de sa réelle contrée. Seuls son prénom et son appartenance à une autre dimension m’avaient été dévoilés. A moi l’orphelin apeuré qui, pour me nourrir, n’avait fait que voler quelques pommes, tandis que je travaillais chaque jour à en mourir et que l’on me traitait comme une bête de somme. A l’époque, j’avais cru que l’on renforcerait mon labeur pour me faire payer le prix d’avoir été un petit chapardeur. Jamais je n’aurais pensé que ma vie prendrait un tel chemin, moi l’enfant injustement dépourvu de mes droits d’être humain, pour finir prisonnier du lit de mon Seigneur avili. Même si, bien des années plus tard, son inconditionnel amour l’avait poussé à faire de moi son apprenti magicien, je m’étais juré de récupérer cet honneur perdu en le privant de ses propres biens. Eternellement enchaîné par les liens invisibles du repos sans fin, telle avait été la destinée que je m’étais promis de lui réserver le jour où j’ai fêté l’anniversaire de mon premier centenaire.

 

Mais en ces temps je n’étais pas encore assez fort.

Pas encore…

 

Combien d’années ai-je dû attendre pour arriver à le surprendre ?

Je ne sais plus… Je ne comptais tout simplement plus.

 

Ne pouvant le tuer, mon pouvoir étant encore inférieur au sien, je n’ai fait que l’endormir dans un sommeil serein… en veillant à ce qu’il ne puisse jamais plus revoir le jour à travers ses prunelles de Roi corrompu.

 

Je l’ai attaché pour l’éternité au royaume de la Léthargie, afin de me libérer de cette dépendance qu’il m’avait administrée. Ce tatouage… son sceau apposé dans mon dos, symbole de mon assujettissement, de mon rang et représentant l’essence même de mes capacités ésotériques. C’était ce que j’avais de plus cher puisqu’il me conférait d’exceptionnelles compétences en ayant modifié mon métabolisme, tandis que j’assouvissais son appétence en usant de ma chair. Malgré le fait d’avoir donné mon trésor à cette Sorcière, cela ne m’empêche pas de conserver encore quelques dispositions magiques. Et heureusement… Car elle est là, je la sens. Cette Néis qui s’était fait initier par mon Roi au goût bestial de la torture et du vice. Cette diablesse que je croyais morte, tuée par son amant né de son imagination. Sa création masculine qui avait voulu l’accompagner vers l’impénétrable berceau de la Mort et avait choisi d’être le Gardien de la première œuvre de sa vie.

 

“Elle possède des ailes comme les Anges, qui lui permettent de voyager à travers les différents mondes selon son gré.” n’avait-on cessé de me conter.

 

Son décès survenu, j’étais persuadé que ses plumes étaient restées à ses côtés dans ce tombeau. Ces plumes méphistophéliques qui avaient déprécié sa nature et lui avaient prodigué cette force d’une incroyable envergure.

 

Ainsi, le Gardien avait échoué dans sa mission. Il n’avait pas dû sceller le sépulcre de sa Reine, supposant que plus jamais personne ne voudrait approcher ces plumes qui l’avaient conduite à la déraison. Et je comprends maintenant de quelle manière elle est revenue des Enfers. Depuis le début, elle se reconstruisait sous mes yeux, lentement, à chaque plume recouvrée. Dans ma jeunesse, je n’avais perçu qu’une seule fois sa maudite Aura, ce qui ne m’aura finalement pas été suffisant pour me permettre de distinguer à temps l’évidence, et aura réussi à entraver mes sens. Il aura donc fallu que la Dernière Plume, contenant la dernière parcelle de sa haine éternelle s’en soit retournée au sein de la Princesse, pour me permettre de la reconnaître totalement. La similitude entre son Aura et celle de Sakura de par leur intensité était grande, mais combien de doubles avons-nous ? Combien de mondes existe-t-il ? Des milliers ? Des millions ? Et combien de chances avais-je pour la revoir elle ? Une sur un milliard peut-être. Les coïncidences n’existent pas. Les créatures liées par l’imperceptible fil de la Destinée finissent toujours par se recroiser. De cela, j’aurais dû m’en douter. Aujourd’hui, elle n’est plus que violence incarnée. Une Aura dévastée. Elle s’agite et se languit de son réveil final. L’instant où elle pourra assouvir ses meurtrières inclinations grâce cette Dernière Plume cardinale.

 

Où résidait celle-ci ? Le saurons-nous un jour ?

 

Femme d’antan qui aimait le goût du sang de ton amant. Ta réputation avait largement dépassé les portes de ta dimension. Sylphide devenue perfide envers tes sujets et qui se plaisait à les torturer sans aucun regret, je devine l’ardeur de ton fiel s’éprendre de ce corps que tu as emprunté et fusionner totalement avec lui. De cette union forcée, de l’alliance imposée entre ton venin et cette enveloppe charnelle désormais domptée par ta volonté, tu vas redonner naissance à ta légendaire cruauté. De nous, tu vas vouloir te jouer. Nos êtres, tu vas souhaiter briser. De nos chairs blessées, tes viles prunelles vont désirer se contenter. Cependant, je discerne encore ton avidité partiellement endormie, comme maîtrisée par autrui. Si tel n’avait pas été le cas, tu nous aurais déjà tous détruits.

 

Cela signifie qu’il est également en vie.

 

Ta création humaine. Le gouvernant de ton lit une fois ta soif assouvie. Ton Prince au cœur d’homme, touché par les pleurs de ton peuple laissé à l’abandon et qui s’était sacrifié pour son bien-être. L’unique personne capable de t’égaler, puisque de ta première plume il était né. Mon Roi m’avait conté ta vie et ta mort dans la plus grande douleur, lui qui dans l’immoralité s’était trouvé là une sœur. Maintenant, je sais qui est celui que tu avais conçu, trahi par ses blessures et son comportement portant à la démesure. Ton Gardien s’est substitué à notre compagnon en tentant de ne pas trop attirer notre attention. S’est-il comme toi annexé ce corps sain qui ne demandait rien, ou bien est-ce une âme mystérieuse qui lui a prodigué la capacité de se réincarner ?

 

L’heure est pour moi de craindre la finalité de cette histoire.

 

Quelles sont ses intentions ? Employer le pouvoir de son Ange déchu à des fins infernales ? Ou bien a-t-il pour desseins de te ramener dans le monde des Défunts ? Quels que soient ses projets, ils s’avéreront funestes dans les deux cas. Je ne peux pas accepter cela. Même si de ma vie je devrais en payer le prix, je ne puis tolérer le maléfice qui incombe à nos deux jeunes amis. Serais-je seulement capable de vous contrer malgré la diminution de mes pouvoirs ? Mon sceau ôté, je n’ai plus cette résistance et cette longévité que mon Maître m’avait conférées, après l’avoir appris de toi, Néis.

 

De l’intérieur…

 

Ces mots…

 

De l’intérieur, tu découvriras le sens du mot douleur…

 

Cette phrase qui me renvoie tout droit à cette époque cruciale de ma vie que je m’étais efforcé d’oublier.

 

De l’intérieur, tu découvriras le sens du mot douleur pour être devenu un vulgaire chapardeur.

 

Cette voix féminine qui par ces mots prononcés avait fait basculer mon destin et maudire jusqu’à mes parents. Je la revois… Mon esprit se remémore malgré moi ce sombre jour et l’horreur sans nom qui avait été ma punition.

 

 

o O o

 

 

Pays de Seles, quelques centaines d’années auparavant.

 

 

« A genoux devant ton Roi, chien ! » hurla un garde, en donnant sans vergogne un violent coup de pied dans le dos du jeune prisonnier.

 

L’enfant aux doux cheveux blonds tomba face contre terre en poussant un bref gémissement de souffrance. Il n’osa relever que furtivement la tête, pour aussitôt baisser les yeux azurs qui ornaient sa jolie figure et fixer le marbre bleu glacé de la salle du trône. La vue d’un homme à la longue chevelure noire de jais, revêtu de la fière et rouge tenue impériale rehaussée de fils d’or que son regard avait alors pu discerner, confirma les propos de son bourreau sur la présence du maître de ces lieux.

 

« Et bien ? Qu’est-ce encore que cela ? demanda une voix masculine, distinguée et profonde, ne laissant aucun soupçon sur l’identité de son propriétaire.

 

– Un vaurien, Majesté, surpris en flagrant délit de vol sur la place du marché il n’y a pas une heure ! » répondit le garde.

 

Le Seigneur n’ajouta pas un mot, mais le son mélodieux du frottement de la soie que le garçon entendit lui fit comprendre que celui-ci s’approchait de lui.

 

« Qu’a-t-il tenté de dérober ? s’enquit ce dernier.

 

– Des pommes, Majesté.

 

– Je vois…Je n’apprécie guère ce genre de pratiques au sein de mon roy… »

 

Un bruit de clochette se fit soudainement entendre, orchestré par une servante discrète qui voulait par ce geste annoncer la venue d’une invitée bien précise, interrompant ainsi le Souverain en début d’invective.

 

« Laisse-le moi et sors. » ordonna-t-il brusquement.

 

Une fois la révérence coutumière exécutée, le garde tourna les talons et sortit de la salle, laissant l’enfant toujours agenouillé à même le sol. Effrayé, celui-ci n’osa pas bouger. Un délicat parfum parvint ensuite jusqu’à ses narines, rappelant les notes sensuelles et fruitées des effluves du jasmin exclusivement porté par la gent féminine. Puis il perçut une Aura inconnue qui l’angoissa atrocement par sa force dégagée. Les pupilles toujours rivées à terre, le garçon ne vit pas son Seigneur étreindre celle qui serait à l’origine de son calvaire. Seule son ouïe fut l’aveugle spectatrice de leurs retrouvailles.

 

« Néis ! entendit-il. Je croyais que tu m’avais oublié ! T’étais-tu ennuyée de moi au point de ne plus souhaiter ma compagnie aussi souvent qu’avant ? Voilà des semaines que tu n’avais plus honoré mon palais de ta présence !

 

– Pas de jugements hâtifs, Ashura ! J’ai simplement goûté au plaisir d’exercer les pratiques que tu m’avais conseillées ! Et j’avoue avoir perdu la notion du temps… en voyant tout ce sang.

 

– Ha ! Ha ! Ne t’avais-je point affirmé que tu trouverai une salutation dans ces actions ? répliqua-t-il. “Fais subir aux autres tout le mal dont tu as pu toi-même souffrir, satisfaction personnelle tu tireras de cette vengeance criminelle”. Judicieuse devise que celle-ci, n’est-ce pas ?

 

– J’avoue y avoir trouvé une sorte de consolation pour oublier les infamies de mon passé.

 

– D’autant que cela force ton peuple à te craindre comme à te respecter, puisque tu as une emprise complète de vie et de mort sur ces frêles êtres, ajouta-t-il.

 

– J’aime également voir le néant s’engouffrer dans leur corps pour les emmener vers l’Autre Monde. Moi qui ne verrai pas ma fin avant de nombreuses années, j’admets qu’assister à ce genre de scènes me procure quelques frissons.

 

– Il est vrai que tu as réussi à modifier ton métabolisme… Nul ne peut donc vraiment t’achever ? demanda le Roi, intéressé par la magie de son amie, une des plus puissantes jamais connues.

 

– A moins de m’enterrer vivante et de sceller mon pouvoir, commença-t-elle avec une pointe d’ironie, il n’existe guère d’autres solutions ! Mais il faudrait pour cela posséder un pouvoir similaire et presque égal au mien pour arriver à m’atteindre… chose peu réalisable.

 

– Et ton amant ? N’a-t-il pas des facultés presque identiques aux tiennes ?

 

– C’est exact. Mais il est né de mon imagination et m’est trop fidèle pour une quelconque trahison. Je te confie pourtant l’estimer encore trop sensible aux plaintes de mon peuple. Avec le temps, je lui apprendrai à ne plus accorder de sentiments à l’égard des petites gens, affirma-elle, confiante.

 

– Peut-être pourrais-tu le convier la prochaine fois ? Je parviendrais sans doute à l’initier au vice, comme je l’ai fait pour toi ! dit-il, avant de rire aux éclats. 

 

– Pas dans l’immédiat, j’en ai peur. Il est depuis peu passionné par la découverte de lointaines contrées. Il tient d’ailleurs à ce que nous visitions ensemble un endroit désertique riche en vestiges historiques. Une tombe jamais encore pillée a même été récemment mise à jour par quelques archéologues travaillant à son service. Il ne cesse de m’en vanter la beauté et insiste pour que je vienne bientôt avec lui la visiter. Des ailes comme les miennes seraient même gravées dans la dalle funéraire. Donc…, soupira-t-elle, d’ici quelques jours, je partirai sur place en sa compagnie pour lui être agréable.

 

– Pas avant que tu ne m’aies appris le sort de longévité et de résistance physique, afin que je puisse également en bénéficier ! Tu me l’avais promis, t’en souviens-tu ?

 

– C’est la raison de ma venue ce jour, assura-t-elle, d’un ton amical. Me diras-tu maintenant ce que fait cet enfant en ce lieu ? Est-il dans l’attente d’une réponse à la suite d’une requête ?

 

– Non, répondit Ashura en posant les yeux sur le concerné, la voix empreinte de mépris. Ce n’est qu’un gamin que l’on a surpris en train de voler sur le marché, expliqua-t-il en s’asseyant sur son royal siège, seul élément richement décoré de la pièce d’apparence austère. J’abhorre ce type de comportement, tu le sais bien. Cependant… je ne tue pas les enfants et ne sais pas encore quelle punition lui administrer. Aurais-tu une idée ? Cela nous ferait une petite distraction en attendant les tortures que je vais commander pour agrémenter notre soirée. 

 

– Relève-toi et montre-nous ton visage, petit ! » enjoignit Néis.

 

Sans un mot, le jeune garçon s’exécuta. La terreur lui tenaillait littéralement les entrailles, après avoir écouté leur effroyable conversation. Encore trop aveuglé par la naïveté relative à l’enfance, il ne pensait pas que son Souverain puisse être capable de si peu d’humanité et c’était avec horreur qu’il avait réalisé la justification des rumeurs émanant du palais. Il se risqua à lancer un bref regard affolé et larmoyant en direction des deux adultes, avant de contempler à nouveau le sol. Son rapide coup d’œil ne lui permit pas de découvrir les traits de la dame qui se tenait aux côtés de son Roi, étant vêtue d’une longue mante noire dont l’ample capuchon lui masquait presque totalement le visage.

 

« Eh bien ! Quel charmant petit angelot avons-nous là ! On dirait une fille tant il est chétif ! s’exclama la Souveraine. Quel âge as-tu et quel est ton nom, mon enfant ? »

 

Le garçon déglutit difficilement sa salive et prononça dans un souffle la réponse attendue.

 

« Allons ! Exprime-toi plus clairement ! s’impatienta son Seigneur. Nous n’avons rien saisi de tes paroles !

 

– Je... m’appelle Fye, balbutia-t-il. J’ai douze ans votre Majesté. »

 

Sa voix se brisa sur les derniers mots, indéniable reflet de son trouble intérieur.

 

« Il serait dommage de gâter par quelques tortures une si jeune et prometteuse beauté. Pourquoi ne pas en faire un de tes mignons ? » proposa la Reine d’une autre dimension, un insaisissable et machiavélique sourire se dessinant sur les lèvres.

 

Son monarchique ami considéra une minute la question en se caressant pensivement le menton. Puis il objecta :

 

« Non… Trop jeune. D’autant qu’il me faudrait lui inculquer toutes les bases de l’amour charnel et je t’avoue perdre facilement constance devant l’ignorance ces derniers temps. Je serais bien capable de lui trancher cette tête fort jolie qui repose sur ses petites épaules, si par malheur il faisait faux pas un jour où l’alcool me déraisonne. Non, vraiment… Je risquerais malgré moi de rompre cette promesse que j’ai faite à mes ministres de ne point tuer d’enfants.

 

– Dans ce cas, laisse un de tes favoris l’initier à tes préférences. D’ici une année, tu le verras formé et aguerri aux plaisirs du lit ! Ne me fais pas croire que de telles belles figures agrémentent régulièrement tes nuits ? le taquina-t-elle.

 

– C’est un fait, il est vrai… Soit ! A mon tour de suivre tes conseils qui, sans nul doute, s’avéreront fort plaisants ! » concéda-t-il.  

 

Sur cette décision, il appela une servante en tapant deux fois dans ses mains, sans une seconde s’attendrir devant la mine effondrée et bouleversée qu’affichait son futur amant.

 

« Baisse les yeux et retiens tes larmes, gamin ! Si tu ne veux pas que je change d’avis et t’envoie rejoindre les geôles de mon palais, dans lesquelles tu servirais de petite maîtresse à tous les autres esclaves qui n’ont pas vu une gracieuse frimousse depuis des siècles ! »

 

Le jeune Fye tenta en vain de réprimer un sanglot retentissant, alors que Néis s’approchait lentement de lui. Sans dévoiler son visage, elle se pencha vers le malheureux et lui glissa malignement à l’oreille :

 

« Ne crains rien petit enfant, puisque tes journées de dur labeur s’arrêtent ici. Le plaisir inverti te sera initié dans les draps impériaux tissés dans la plus fine et douce des soies. Affliction et richesse seront désormais des composantes de ta vie. Tu t’y feras, crois-en mon expérience. Remercie tes parents qui t’ont légué de si beaux traits et te permettent aujourd’hui de pousser les portes du palais interdit… tout comme tu ouvriras celles de ton empire charnel à ton Maître pour le laisser pénétrer ton jardin secret. De l’intérieur, tu découvriras le sens du mot douleur pour être devenu un vulgaire chapardeur. De la semence royale, ton infécond sanctuaire sera régulièrement honoré pour le bien de ta Majesté et te faire ainsi pardonner. » 

 

Les pleurs du garçon redoublèrent à l’écoute de ces phrases empreintes d’horreur et qui infligèrent à son esprit de monstrueuses images. Son supplice n’avait pas encore commencé qu’il était déjà à l’agonie, au point de souhaiter ne plus être en vie. Sa crédulité l’avait fourvoyé dans l’appréciation qu’il s’était faite de son Roi, pensant innocemment que son statut et sa haute éducation ne lui ferait pas avoir un tel comportement envers un enfant. Qui plus est, il comprenait parfaitement le sort qui lui était réservé, pour avoir côtoyé des adolescents dans la rue qui en avaient fait leur métier.

 

« Maître, vous m’avez mandée ? demanda une domestique, en s’inclinant respectueusement devant celui-ci.

 

– Emmène ce gamin faire un brin de toilette et confie-le à mon favori, afin qu’il lui enseigne dès à présent son savoir-faire, exigea-t-il. Dis-lui que c’est là son jouet pendant un temps, avant de devenir le mien. Mais qu’il ne le détériore pas s’il ne veut pas voir ses privilèges réduits sur le champ !

 

– Bien, Monseigneur. » répondit la femme ancillaire, avant de se diriger vers le garçon pour le prendre par la main et l’emmener hors de la salle du trône par une porte dérobée.

 

Le corps tourmenté par la nausée, la vision troublée par les gouttes de chagrin mêlé au désespoir qu’il ne cessait de verser, l’enfant n’accorda aucune attention à la servante ni aux peintures qui ornaient le couloir emprunté. Seule la pression de cette main féminine sur la sienne enfantine ajouta un peu plus de douleur à sa peine.

 

« Comment tu t’appelles ? demanda-t-elle brusquement.  

 

Fye…, arriva-t-il à articuler, la voix entrecoupée de sanglots.

 

– Eh bien Fye, sache que la vie qui t’attend n’est pas aussi affreuse que tu te l’imagines. Oh ! Pour sûr, tu vas devoir satisfaire les besoins de notre Roi, mais si tu utilises bien ta cervelle, peut-être que tu parviendras à obtenir une place de choix. Avec beaucoup de chance, s’il s’amourache de toi, tu pourrais même arriver à faire en sorte qu’il t’apprenne la magie. Cela ferait de toi un haut dignitaire, comme l’autr’ favori. Et là, à toi la belle vie ! affirma-t-elle avec amertume. ‘Te fais pas de mouron qu’il en profite bien maintenant, la fripouille ! J’espère simplement que tu seras pas comme lui ! Dis, tu m’écoutes ? »

 

N’obtenant point de réponse et réalisant son monologue, elle stoppa leur marche et se retourna pour découvrir le visage éploré du futur amant de sa Majesté. Du revers de sa petite main, il essuyait inutilement des larmes qui ne semblaient pas vouloir s’arrêter de couler.    

 

« Hé ! J’te parle ! » l’interpella-t-elle, en secouant légèrement son bras.

 

Mais aucune parole ne sortit de la bouche du concerné, trop occupé à larmoyer.

 

« Fye ?! »

 

 

*

* * *

*

 

 

Fye

 

Cette voix que j’entends et qui m’arrache à ces souvenirs d’antan…

 

« Fye ? »

 

Voix d’une personne guerrière aux intonations familières…

 

« Fye ?! Qu’est-ce que tu as bon sang ?! Tu vas me répondre, oui ou merde ?!! » s’emporta Kurogane, face à l’inertie de son compagnon.

 

Grâce à cette brusquerie verbale, les images traumatisantes de son passé refoulé cessèrent immédiatement de défiler devant ses prunelles, pour le faire revenir à une réalité moins douce que ce qu’il n’avait escompté.

 

« Tu as les yeux qui te sortent des orbites et tu es blanc comme un linge ! On dirait que tu viens de croiser un mort vivant ! reprit le Ninja, quelque peu brutalement.

 

– C’est le cas…, murmura le magicien, consterné.

 

– Hein ? Arrête de parler tout seul dans une barbe que tu n’as pas et secoue-toi un peu !

 

– Ne cherchons plus ces agresseurs imaginaires et retournons tout de suite au campement ! lança-t-il subitement en rebroussant chemin au pas de course, sans attendre de réponse.

 

– Mais qu’est-ce qu’il vous prend à tous en ce moment ?! Je suis le seul à être bien luné ou quoi ?! J’en ai ras le sabre de vos petits mystères ! D’abord l’autre diseuse de bonnes aventures qui se prend pour une Sorcière, puis le gamin qui n’arrive plus à contenir ses hormones et décide tout à coup de faire joujou avec l’asticot qu’il a entre les jambes ! Et ensuite c’est t…

 

– Ferme-la et obéis-moi pour une fois !! s’exclama violemment Fye en se retournant vers lui, laissant son ami pantois devant un tel changement d’humeur. Tu es à cent lieues de t’imaginer ce qu’il s’est réellement ourdi dans notre dos et qui nous devons à présent affronter !! »   

 

Kurogane saisit la gravité de la situation en lisant une panique mal dissimulée dans les iris de son compagnon. Il exigea néanmoins un éclaircissement :

 

« Je ne bougerai pas d’un orteil tant que tu ne m’auras pas dit ce à quoi je dois me préparer ! J’ai horreur de partir à l’aveuglette au combat !

 

– Je te raconterai les détails plus tard ! s’énerva l’homme aux cheveux d’or. Apprends simplement que nous avons été bernés comme des débutants et que nos amis ne sont plus désormais ceux que nous connaissions !!

 

– Le gamin…

 

– Ce n’est pas “notre” Shaolan !! s’écria-t-il rudement. Je ne sais même pas si nous le reverrons un jour tel qu’il était, celui-là !! Et oublie également la Princesse ! Une autre a pris possession de son corps et crois-moi que pour elle, la torture est synonyme d’orgasme ! siffla-t-il entre ses dents.

 

– Comment tu…

 

– Mais par tous les Sorciers ! le coupa-t-il. Ne sens-tu pas cette Aura qui nous entoure ?! Ne perçois-tu donc pas sa puissance ?!! tonna-t-il, en levant les bras pour désigner les alentours.

 

– C’est justement ce dont je voulais te parler, mais tu ne me répondais pas ! On aurait dit que tu étais pétrifié sur place ! rétorqua le guerrier, tout en essayant de ne pas perdre son sang-froid, malgré les alarmantes informations révélées.

 

– Alors sache que j’ai connu la détentrice de cette Aura et qu’il faut te préparer à y laisser ta vie ! Car ce n’est pas avec ta misérable épée que tu pourras vaincre ses pouvoirs et ses meurtrières envies ! Maintenant, allons-y !! Je t’expliquerai plus tard ! »

 

Kurogane le suivit sans tergiverser. Il se risqua cependant à poser entre deux halètements, la question qui l’angoissait affreusement :

 

« Si nous faisons notre possible, quitte à crever… dis-moi juste… si les gosses ont une chance de ne pas finir six pieds sous terre ?

 

– Si tu crois en l’existence des miracles… » conclut Fye, sans ajouter d’autres paroles à ces funestes sous-entendus.

 

 

*

* * *

*

 

 

Musique écoutée pour l’écriture de ce passage, « Lilium, Elfen Lied »

 

http://www.youtube.com/watch?v=3EoCGwHz3T0

 

 

o O o

 

 

Le Gardien rejoignit la Princesse en pénétrant sans encombre dans la grotte, théâtre d’un précédent spectacle fort macabre. Le clone décédé, la barrière magique que ce dernier avait érigée ne faisait plus aucun effet. La seule difficulté que l’Originel rencontra, fut la perte de sa complète aisance à se mouvoir étant donné sa cheville foulée et son épaule luxée. De son bras valide il portait Mokona, tout en se mordant la lèvre inférieure sous la vive douleur éprouvée en marchant. Le tableau qu’il découvrit alors ne l’étonna nullement, mais lui procura un léger frisson en imaginant l’épouvantable état psychologique dans lequel devait certainement se trouver Sakura. Impuissante, elle avait senti son être se défaire de sa volonté, comme obéissant à une présence invisible, pour envoyer tout droit son amant rencontrer la Mort en personne. Sans compter les évènements qui s’en étaient suivis, car son corps étant contrôlé par Néis, elle avait eu subitement soif de substance sanguine sans qu’elle n’en eût compris l’origine. Elle s’était donc vue avec horreur mordre dans le cou de feu son compagnon au niveau de la jugulaire, afin de satisfaire cette répugnante envie primaire. Pourtant, le goût n’avait pas dû lui plaire car loin de la surprendre en train de s’abreuver, le Gardien la découvrit nue et sagement agenouillée sur une couche, le visage baigné de pleurs et de sang, le regard trahissant son traumatisme et un morceau de chair appartenant au cou du défunt gisant devant elle.

 

« Sakura ! » s’écria Mokona, avant de sauter du bras de son porteur et de s’élancer vers celle-ci.

 

Mais arrivé face à elle, il s’arrêta brusquement en la considérant de près, effrayé par son apparence et par l’Aura malsaine qu’il perçut de nouveau émaner de son être. Elle était devenue beaucoup plus puissante que lorsqu’il l’avait sentie pour la première fois, un peu plus tôt, avant que Sakura n’aille chercher de l’eau à la rivière. Et lorsqu’il réalisa l’identité du corps inerte à ses côtés, à moitié dissimulé sous un drap, il s’écarta et ne put retenir son effroi :

 

« Shaolan ! C’est mon Shaolan ! Qui a fait du mal à Shaolan ?! »

 

La Princesse ne réagit pas à sa venue ni à ses cris et continua de fixer un point dans le vide, profondément choquée. De son côté, l’Original éveilla son sceau ailé pour appliquer un sort d’invisibilité au refuge, en l’apposant sur les parois internes. Ce sort d’illusion, acquis au travers des pouvoirs de sa plume, lui avait été habilement enseigné par sa Reine et lui permettrait ainsi de cacher aux deux adultes le lieu exact de leur présence. Il se doutait que, tout comme lui, le guerrier et le magicien avaient dû discerner sans mal l’Aura fraîchement complétée de sa Souveraine, et que cette patibulaire sensation les pousserait à rebrousser chemin pour tenter de les retrouver. Chose faite, il s’empara d’un petit couteau laissé à l’abandon et s’assit face à la jeune fille. Pendant un court moment, il observa le cadavre de son double qui reposait à sa droite. Le visage ensanglanté de ce dernier et ses traits restés figés dans une expression de douleur, suffirent à lui faire comprendre quel avait été son trépas. Néis lui avait fait exploser son organe vital principal après avoir récupéré son bien. Néanmoins, il ne tira aucune satisfaction de ce décès. Le Gardien avait fait de ce clone un être humain normal en réussissant à lui insuffler, plusieurs années auparavant, une partie de son âme et de son Aura. Devenu un petit garçon ordinaire, qui avait grandi dans la chaleur d’une famille et s’était épanoui au milieu d’amis comme n’importe quel autre enfant sur terre, ils seraient sûrement nombreux à le pleurer en apprenant sa disparition. Il en serait de même pour les proches de la Princesse.

 

Et lui ? Qui allait le pleurer lui ? Une fois cette mission achevée qu’on lui avait commandée en le faisant se réincarner, sans même se soucier de ses propres envies ? De ce qu’il pouvait ressentir, lui… Qui allait regretter ce jeune homme né de l’imagination d’une Impératrice au passé torturé ? Création issue de l’horreur que l’on avait fait revenir dans le monde des vivants, en lui ôtant également la seule chose qui parvenait à le faire affronter cette nouvelle existence avec un peu moins d’amertume. Ce sentiment d’Espérance qui s’était délicatement niché dans l’innocent couffin qu’était son cœur depuis le premier jour qui l’avait vu naître, pour doucement se laisser envelopper et bercer par les rassurantes pulsations de la Vie à l’état pur. Ce sentiment qu’il avait senti s’arracher de lui pour la concrétisation de son vœu, lui dérobant ainsi le peu de chaleur qu’il était arrivé à conserver dans son malheur. Qui irait donc pleurer cet homme déserté par la foi en l’avenir, à qui l’on avait ordonné de tuer avant de se laisser mourir ?  

 

Personne.

 

Ni dans cette vie, pas plus que dans l’autre. On avait exigé de lui qu’il soit un assassin à deux reprises, sans jamais, ne serait-ce qu’une fois, s’inquiéter réellement de ses propres désirs. Il n’était qu’un jouet entre les mains de hauts dignitaires, qui n’avaient voulu l’utiliser que dans le but de le voir effectuer une besogne que nul autre ne pouvait, ou ne se serait risqué à faire. Telles étaient actuellement ses convictions : il n’était qu’un pantin, asservi pour accomplir les desseins d’autrui. 

L’esprit chargé de mornes pensées, il remonta cérémonieusement le drap sur le visage de son double. Par respect pour cette vie perdue, il ne voulait pas laisser sa dépouille exposée aux yeux de qui passerait par là après son départ. Il usa donc de ce linge tel un linceul, qui n’était malheureusement pas d’un blanc immaculé comme l’aurait voulu la tradition qu’il avait connue dans son ancien royaume, pour entièrement recouvrir ce mort. C’était bien là l’unique chose qu’il pouvait faire à son encontre. Et lui au moins, avait encore la chance d’avoir un semblant de linceul. Car dans son cas, lorsque sa dernière heure serait venue, il savait que son corps resterait alors à pourrir tel un vulgaire morceau de viande avariée à même la dalle funéraire, dans le tombeau au milieu des ruines du pays de Clow.

 

Le Gardien releva ensuite la tête et détailla la Princesse, qui ne semblait absolument pas avoir réalisé sa présence. De ses noires et inquisitrices pupilles,  il contempla quelques instants la féminité dévoilée de celle-ci. Il insinua alors une main indiscrète entre ses fines cuisses pour effleurer précautionneusement les nymphes de son intimité, avant de la retirer et de la ramener à hauteur de son visage. La mouillure qui la recouvrait témoignait à elle seule de ce qu’il s’était passé.

Pensivement, il fit glisser son pouce sur le bout des ses doigts, touchant sans répulsion ce mélange de cyprine et de sperme. Néis lui avait obéi, en leur octroyant un peu de temps pour leurs retrouvailles. Sakura savait donc à présent la vérité sur son identité. Tout du moins, savait-elle qu’elle n’avait pas partagé son lit ces dernières nuits avec celui que son cœur avait réellement choisi. Mais avait-elle pris du plaisir malgré l’horrible découverte ? Le Gardien ressentit tout à coup la pointe de la jalousie le percer de part en part, car il s’était finalement attaché à cette jeune fille, qui renfermait l’Aura de sa défunte aimée tout en lui ressemblant telle une jumelle. Attiré, attendri par sa candeur et sa douceur, le réservoir dans lequel il avait cloîtré l’essence de sa fragilité, sa capacité d’aimer, s’était manifestement fendu. Cette fissure avait permis à l’ingénue d’accéder à cet endroit qu’il avait voulu protéger de toute intrusion pour le bien de sa mission. Même si sa Reine conservait bien entendu en lui une place prédominante.      

 

Refoulant cette effusion de sentiments, il rouvrit à l’aide de sa petite lame une de ses plaies faites au cou par son aimée lors de leurs ébats antérieurs, et poussa un discret gémissement de douleur en creusant lentement sa chair jusqu’à ce qu’un mince filet de sang ne s’échappe de cette entaille. Puis il enduisit un de ses doigts de son liquide organique, pour ensuite l’immiscer avec délicatesse entre les lèvres immobiles de la Princesse. Le geste eut l’effet escompté, puisqu’en sentant la saveur sucrée de ce fluide sur sa langue, elle battit des paupières et suçota ce mets que son palais attendait.

 

« Tu préfères le mien, n’est-ce pas ? demanda le Gardien. C’est donc bien ma plume qui confère à mon sang ce goût de sucre qu’elle aime tant… Tu en désires un peu plus ? »

 

En entendant cette voix atrocement familière, ses yeux s’écarquillèrent et ses iris vinrent immédiatement se plonger dans ceux de son vis-à-vis. Reconnaissable par ses vêtements, elle aurait voulu hurler en voyant celui qu’elle estimât être l’imposteur, celui qui avait pris sa virginité, qui s’était fait passer pour son compagnon et avait osé la toucher. Celui qui devait certainement connaître les réponses à l’énigme de sa condition et de son calvaire. Son cœur s’enflamma littéralement d’une haine et d’une affliction, résultantes directes de ce qu’elle venait d’endurer. Elle aurait voulu le défigurer en le griffant, lui cracher dessus, le tuer de ses mains, lui faire subir au centuple ce qu’elle avait à son grand désarroi infligé à son aimé… mais rien. Seules ses larmes arrivèrent à manifester son effroyable peine intérieure. Pas un mot, pas un cri ne réussirent à prendre naissance dans sa gorge pour exprimer son enfer. Quoi de plus tragique et d’insupportable que d’éprouver cette incommensurable détresse restée contenue, sans pouvoir l’exprimer, l’extirper de soi pour tenter de l’apaiser ? Comble de l’aversion et de l’ironie, elle sentit sa tête se mouvoir malgré elle pour répondre à sa question par un “oui”.   

 

« Viens… » dit-il tendrement, en posant une main légère sur sa nuque, afin d’amener sa bouche féminine jusqu’au creux de son cou.

 

De nouveau, il gémit faiblement en plissant les yeux sous le vif élancement de la succion, pour finir par s’allonger en attirant Sakura vers lui. Il la sentit débuter sa pitance, en sachant pertinemment à quel point l’acte devait l’écoeurer. Il entendit même un poignant sanglot étouffé par un toussotement, alors qu’elle essayait de rejeter le fluide qui s’engouffrait contre sa volonté dans sa gorge, en vain. Néis avait faim de cette substance et la forçait à l’avaler. Le pire étant que ce repas singulier se fit lentement, la Reine désirant prendre son temps pour apprécier la sapidité de ce mets. Ce qui eut l’inéluctable effet d’enfoncer un peu plus la Princesse dans l’épouvante d’une tudesque dégustation, dont elle en apprécia la saveur sans en saisir la raison. Comment pouvait-elle aimer le goût de ce liquide ? Son corps entier ne lui semblait plus qu’être impureté, souillure et vice caché. La jeune fille se dégoûtait du plus profond d’elle-même et aurait sans hésiter préférer la mort que d’avoir à souffrir ce genre d’inhumanité, surtout après ce qu’il s’était passé.    

 

Le Gardien devinait sans mal le monstrueux ressenti de Sakura. Cependant, même s’il avait pu quelques heures auparavant repousser sa Souveraine quand elle avait souhaité s’alimenter de ses blessures, résultantes du combat avec son clone, il ne pouvait pas indéfiniment écarter sa silencieuse requête. Il lui avait fait la promesse d’apaiser sa soif dès qu’elle le voudrait, sous la seule réserve qu’elle ne se soumette qu’à lui. Pacte qu’il n’avait d’autre choix que d’honorer à présent. Mais il y avait autre chose qu’il aspirait à faire avant de réveiller complètement son aimée : il désirait tout avouer à cette infortunée. La réalité de sa condition, le fiel contenu dans ses plumes princières dont elle n’avait pas été l’originelle propriétaire. La vérité sur son identité de Gardien réincarné pour une mission que Clow lui avait ordonnée et qu’il se devait d’achever. Les obstacles rencontrés et le prix qu’il avait payé à la Sorcière pour continuer sa tâche. Le garçon voulait être honnête avec elle, afin de ne pas la laisser mourir dans l’ignorance, de ne pas laisser son âme se torturer éternellement à cause de cela après sa mort. Il allait l’assurer de sa compagnie lorsqu’elle franchirait le portail de l’Eternité. Il ne l’abandonnerait pas et serait avec elle pour rejoindre les Anges qui, tout comme elle, avaient des ailes mais non corrompues par le vice d’une Impératrice au lourd vécu. Telle avait été la cause véritable de sa résurrection.

 

Doucement, il posa une main dans le dos de la Princesse, non pour profiter de sa docilité, mais juste pour la toucher. Simplement afin d’apprécier ce contact avec elle qui serait un des derniers car d’ici quelques heures - peut-être moins, leur malheureuse aventure s’arrêterait bel et bien, achevant leur mutuel supplice dans le tombeau érigé pour sa Reine plusieurs siècles auparavant. C’est alors qu’il sentit une excitation naître dans le creux de ses reins, directement liée à cette effusion sanguine, lui faisant amèrement se rappeler son origine : c’était toujours ainsi qu’il avait eu coutume d’entamer l’acte charnel avec sa belle d’antan. Excitation devenue à présent involontaire car à l’époque, il avait fini par harmoniser dans l’excellence la sensation de la douleur due à ce rituel sanguinaire, avec celle du plaisir de posséder violemment sa Souveraine par la suite. Et cela, au point de percevoir son corps entier en effervescence dès que celle-ci débutait sa pitance. Seulement aujourd’hui, ce n’était ni son aimée, ni le moment propice à laisser ses envies s’exprimer de la sorte. Pourtant, il n’aurait rien pu faire contre cela. Comment lutter contre sa nature profonde, ce ressenti qui faisait partie intégrante de lui jusqu’à en être instinctif aujourd’hui ? 

 

Petit homme né d’une plume abandonnée par une colombe et souillée par la cruauté humaine sur une enfant de quatorze ans. Petit prince laissé dans l’ignorance de ces faits pendant trop longtemps et à qui la vérité ne s’est révélée que trop tardivement. Petit enfant au fond de son coeur, qui se considère comme un monstre, une création issue de l’horreur. Petit innocent qui a appris à ses dépens que sa propension naturelle à concevoir dans la brutalité l’amour physique, résultait de la virulence exercée sur l’Impératrice de son âme le soir d’une nuit qui, pour elle, aurait dû être extatique.

 

Petite créature angélique qui éprouve à l’instant une répulsion pour ce corps qui est tien aux incontrôlables pulsions… tu pleures pour quelque chose qui n’est pas réellement de ton initiative et dépasse ta raison.

 

Les perles de la tristesse se mirent à poindre dans les yeux du Gardien, témoignant à elles seules de la véritable exécration qu’il avait pour lui et cette excitation primaire qu’il n’arrivait pas à dominer. Il savait également que Sakura percevait l’exaltation de son bas-ventre et subodorait son aversion pour lui. Il se doutait aussi qu’elle devait le trouver d’autant plus répugnant, immonde, haïssable à cause de cette réaction jugée perverse qu’il ne pouvait pourtant pas régenter. Puis, le jeune homme sentit les pleurs de l’adolescente se verser sur la peau de son cou, accentuant un peu plus son propre abattement. Il la comprenait, la rejoignait dans sa souffrance, son écoeurement de lui-même. Aucun mot n’aurait pu être assez fort pour traduire l’image qu’il se faisait de lui. Il se passa alors une main sur le visage pour essuyer ses gouttes de chagrin et réprima un sanglot, avant d’inspirer profondément. 

 

Puis d’une voix fluette et empreinte d’une grande tristesse, il finit par lui murmurer avec délicatesse :

 

« Il est temps à présent que tu apprennes la réalité cachée de nos vies tourmentées. »

 

 

 

 

 

Note spéciale :

 

Merci à Tenshi, Feylie, Winwin ^-^ et merci à ceux qui liront cet écrit en l’appréciant, ou non…

 

Et un pitit kikou spécial à ma Yentl ! ^-^

 

Je ne me suis pas basée sur les dernières trames en VO de TRC (parues le 19/07/07) pour créer le passé de Fye, l’ayant déjà imaginé depuis… oula ! L’an passé !

 

Je dis cela pour ceux qui connaissent maintenant l’origine de son tatouage….

 

Bisou !!

 

Bibi-chan ^-^