FIGHT

 

 

La jeune fille avait l’impression d’être dans un rêve : il l’avait appelée par son prénom… Un an qu’elle avait souhaité réentendre cette voix, ne serait-ce qu’une fois. Elle se blottit donc davantage contre lui.

 

Depuis sa tentative de suicide, elle possédait un pouvoir qui lui permettait de faire revenir les esprits de personnes disparues. Ce pouvoir était-il si grand qu’elle pouvait désormais ressusciter les morts ?

 

Shaolan se dégagea doucement de son étreinte :

 

« Excusez-moi…mais… je ne crois pas être celui que vous espéreriez. »

 

En entendant ces mots, la jeune fille releva la tête et observa son visage.

 

Le gouvernant de son coeur avait une cicatrice en dessous de l’œil gauche, triste souvenir de guerre. Mais le Shaolan qui se tenait devant elle n’en avait pas. L’expression de son regard était aussi différente. On devinait à travers ses yeux un autre vécu, une autre histoire. En y prêtant attention, sa posture et sa gestuelle n’étaient également pas semblables à celles de son bien-aimé. Et pourtant ils se ressemblaient tellement !

 

Elle recula d’un pas, confuse et anéantie par sa fausse joie, puis d’une profonde révérence, elle salua ces étrangers en balbutiant quelques mots d’excuse pour ce malentendu :

 

« Je… je vous prie de me pardonner…J’ai cru que… » Commença-t-elle, la voix troublée.

 

Les yeux embués de larmes, elle pressa fortement ses lèvres l’une contre l’autre pour ne pas laisser échapper un sanglot. Le buste penché en avant, fixant le sol, elle n’osa pas se redresser et refaire face à ces inconnus.

 

Fye lui posa une main sur l’épaule et la rassura :

 

« Il n’y a pas de mal ! »

 

Le contact chaleureux de ce dernier lui donna le courage de regarder Shaolan dans les yeux.

 

« Nombreuses sont les personnes qui prennent aussi régulièrement Kurogane pour quelqu’un d’autre, avec son physique si commun ! N’est-ce pas ?! Plaisanta-t-il en le présentant.

 

– Répète un peu ?! »

 

Fye se mit à rire.

 

« Pardon…Vous ressemblez tellement à quelqu’un que j’ai bien connu ! » Ajouta-t-elle en inclinant légèrement la tête sur le côté, arborant un magnifique sourire.

 

Shaolan, qui ne l’avait pas quittée des yeux, en eut le souffle coupé : elle avait la même mimique que la Princesse. Il se retourna immédiatement vers cette dernière et constata qu’elle était restée également interdite quant à la vision de son “double” et de la scène qui l’avait précédée.

 

C’est alors que la jeune fille remarqua enfin sa présence. Elles se regardèrent mutuellement sans mot dire, déconcertées.

 

« Mais…mais qui êtes-vous ?! Demanda la jeune fille à l’attention du groupe.

 

C’est vrai ! Nous avons omis les formalités ! Dit le magicien. Permettez-moi de vous présenter Shaolan, Kurogane, la Princesse Sakura et votre serviteur, Fye !

 

– Et moi, c’est Mokona ! Dit-il en sautant dans les bras de la jeune fille. Tu es aussi jolie que notre Princesse! On fait ami-ami ?

 

– C’est…c’est quoi cette drôle de petite chose ?!

 

– C’est notre mascotte ! Répondit Fye.

 

– Une mascotte qui n’a aucune politesse ! » Renchérit Kurogane.

 

Ils n’eurent pas le temps de converser davantage car un villageois arriva en criant :

 

« Mademoiselle Li !! Une troupe de brigands vient de nous être signalée dans les parages !!  Ne restez pas là !! »

 

La panique se lut aussitôt sur son visage.

 

« Vite !! Suivez-moi !! » Ordonna-t-elle au groupe.

 

Shaolan attrapa la main de Sakura et tous coururent derrière la jeune fille. Au bout de quelques minutes, essoufflés par une course effrénée, ils découvrirent un petit village gagné par l’agitation.

 

Les enfants pleuraient, les paysans pressaient leur épouse de se mettre à l’abri avec leurs progénitures et du plus jeune au plus ancien, tous les hommes s’armaient comme pour partir à la guerre.

 

« Ils arrivent !! Hurla quelqu’un.

 

– Venez vous abriter chez moi !! Dit Mademoiselle Li.

 

– Mais qu’est-ce qui se passe ici ?!! Je n’ai pas pour habitude de fuir et de me cacher ! »

 

Sur ce, Kurogane s’arrêta et saisit des mains d’un enfant au plus âgé de douze ans, son épée trop lourde que supportait mal sa petite carrure. Le garçon, horrifié à l’idée d’un combat imminent, fut soulagé de s’entendre dire par cet inconnu :

 

« Ne reste pas dans mes pattes, petit, tu es bien trop jeune pour mourir ! »

 

Le concerné ne se le fit pas dire deux fois et se précipita chez lui. Kurogane sortit alors la lame de son fourreau et proclama:

 

« Ce n’est pas un endroit pour les gosses ici ! Qu’ils s’en aillent !

 

– Princesse ! Dit Shaolan. Suivez Mademoiselle Li !! Je ne veux pas vous savoir en dan…

 

– SHAOLAN !! » Hurla cette dernière.

 

Un cavalier se dirigeait au galop droit sur lui, prêt à le décapiter de son glaive. Voyant cela, il plongea en avant, empoignant Sakura par la taille et évitant ainsi de justesse le coup fatal.

 

Tandis que l’homme tirait sur les rênes de sa monture pour faire demi-tour et atteindre sa cible, Kurogane propulsa son épée dans sa direction tel un simple couteau, lui tranchant le bras, net. Le cavalier s’écroula à terre la seconde suivante, en poussant un effroyable cri de douleur.

 

Shaolan, qui s’était retrouvé au sol allongé sur Sakura, se redressa sur ses avant-bras :

 

« Princesse ! Vous allez bien ?!

 

– Oui ! Je n’ai rien !

 

– Venez ! Dit-il en l’aidant à se relever. Il faut vous mettre à l’abri !! » 

 

Soudainement, trente autres cavaliers armés surgirent pour se joindre aux premiers, portant ainsi la terreur à son paroxysme auprès des villageois. Kurogane, nullement décontenancé par cette apparition, récupéra son épée et celle de son ennemi, avant de se réjouir :

 

« Enfin un peu d’action ! Fye! Ce n’est pas la peine de te fatiguer ! Il n’y en a pas suffisamment pour deux !

 

– Tu ne crois quand même pas que je vais te laisser t’amuser tout seul ?

 

– Vous allez déguster mes braves ! » Déclara le Ninja en s’élançant vers eux sans aucune hésitation, Fye sur ses talons.

 

Devant cette démonstration de courage, les hommes du village se ressaisirent et les accompagnèrent au combat.

 

Mademoiselle Li, tenant toujours Mokona dans les bras, accourut vers la Princesse et la supplia de la suivre.

 

« BAISSEZ-VOUS !! » Ordonna Shaolan.

 

Elles s’exécutèrent sur le champ.

 

Il sauta et frappa de plein fouet le visage d’un brigand à cheval, se servant de sa jambe comme d’une arme. La puissance de l’impact fut d’une telle intensité, qu’elle projeta la tête du malfaiteur en arrière et lui brisa la nuque.

 

Mademoiselle Li attrapa la main de Sakura pour l’obliger à fuir, mais celle-ci s’y refusa :

 

« Shaolan !!

 

– Tout ira bien, Princesse, lui dit-il. Partez maintenant. »

 

Rassurée par son sourire, Sakura se laissa entraîner en lieu sûr.

 

« Ramenez-moi ces deux filles ! Exigea le chef des brigands, les désignant de son glaive. Nous leur trouverons bien une occupation cette nuit !! »

 

Shaolan chercha du regard l’auteur de ces paroles outrageantes et même si d’extérieur il paraissait calme, son être entier était en effervescence. Lorsque ensuite, il vit deux des scélérats descendre de leur monture et poursuivre les jeunes filles, il ne put en tolérer davantage. Une aura de couleur rouge vif émana de son corps, reflétant son exaspération. Il ramassa une épée laissée à terre par un des villageois et se rua sur l’un d’eux :

 

« Ne les touche pas !! CONNARD !! » Tonitrua-t-il en l’éventrant.

 

L’homme s’effondra à genoux sous les yeux de son acolyte, médusé.

 

Comment un gamin avait-il pu lancer une attaque aussi impétueuse ?!

 

Shaolan se mit à le fixer d’une manière qui lui fit froid dans le dos.

 

Ce gosse n’était pas ordinaire.

 

Au diable les filles !

 

Le brigand laissa son complice agoniser et rejoignit le gros de la troupe au pas de course.

 

De son côté, Kurogane ne put satisfaire son envie de massacrer ces assaillants, s’il ne voulait pas voir sa force amoindrie, étant donné la malédiction que lui avait administrée la Princesse Tomoyo. Aussi s’arrangea-t-il pour ne blesser que grièvement ses adversaires, tandis que Fye se jouait de l’ennemi avec la dextérité d’un combattant aguerri. Les villageois eux-mêmes se sentirent empreints d’une assurance inattendue, repoussant avec bravoure les malfaiteurs qui finirent par fuir.

 

« Déjà ?! Mais on vient à peine de commencer ! Bande de lâches ! » S’exclama Kurogane.

 

La bataille se finit ainsi, comblant de joie les hommes du village restés profondément meurtris par leur douloureuse défaite, un an auparavant.

 

Et quelque part, réfugiées dans une maison, deux âmes espéraient que l’objet de leurs pensées était encore en vie.

  

 

 


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