FEATHER,
La Plume


Aux cris de joie, Sakura comprit que de danger il n’y avait plus.

Angoissée pour Shaolan, elle sortit précipitamment de la maison de Mademoiselle Li et tenta de retrouver son ami parmi cette foule de gens célébrant la victoire.

Elle se faufila entre deux personnes et l’aperçut à son grand soulagement.

Il avait l’air épuisé mais était bien vivant.

Il l’attendait, souriant affectueusement.

C’était comme s’il avait deviné qu’elle le chercherait.

Elle voulut courir et le serrer dans ses bras, mais la pudeur l’en retint.

Elle s’approcha néanmoins de lui, prit ses mains entre les siennes et le regarda avec une infinie tendresse.

« Shaolan… » prononça-t-elle, d’une douce voix.

Cela provoqua irrémédiablement une soudaine rougeur sur les joues de ce dernier, touché par cette marque d’affection.

Mademoiselle Li les observa de loin, le cœur serré.

Mokona sentit sa tristesse et lui demanda, ses petites pattes tendues vers elle, si elle souhaitait un câlin.

Elle rit, quelques larmes s’échappant de ses yeux et accepta volontiers.

« Nous vous remercions de votre aide chers inconnus !! proclama celui qui semblait être le chef du village. Nous serons vos éternels obligés et je vous prie d’être mes hôtes le temps qu’il vous plaira ! Un banquet sera organisé en votre honneur ! »

Les villageois remercièrent sincèrement le petit groupe, jusqu’à ce qu’ils remarquassent la ressemblance indubitable entre Sakura et Mademoiselle Li, et certains d’entre eux pâlirent en voyant Shaolan.

« Allons, allons ! dit le chef du village. Les anciens disent bien que nous avons tous un double quelque part ! De plus, a-t-on déjà vu un fantôme se battre avec autant de fougue ? »


*
* * *
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Alors que tout le monde s’apprêtait au banquet, nos amis allèrent donc prendre possession de leur chambre et le chef du village, Monsieur Kinomoto, leur offrit un verre de vin.

Ils prétendirent venir d’un lointain pays et être à la recherche de légendes ou d’évènements singuliers.

C’était un mensonge qu’ils avaient coutume d’employer.

Monsieur Kinomoto répondit par un sourire incrédule mais ne fit point de remarque.

« Vous serez donc sûrement intéressés par ma fille, Sakura Li…Votre parfait sosie Mademoiselle! » ajouta-t-il en s’adressant à la Princesse.

« Il y a un an, continua-t-il, j’ai eu la joie de marier ma fille à son ami d’enfance, qui portait le même prénom que vous, Shaolan. Une fois les célébrations religieuses terminées et alors que tout le village était en fête, une troupe de brigands similaire à celle que vous nous avez aidés à vaincre aujourd’hui, nous a attaqués. L’effet de surprise et l’ivresse du moment nous ont causé beaucoup de tort et de nombreuses personnes sont mortes... Notamment mon gendre, Shaolan.

Que lui est-il arrivé ? demanda Fye.

– Il a protégé ma fille d’une flèche qui lui était destinée en faisant rempart de son corps…puis il s’est effondré sur elle… touché en plein cœur. 

– Voilà la raison pour laquelle elle pleurait quand elle t’a vu ! dit Kurogane à Shaloan.

Cela a certainement dû lui faire un choc, soupira tristement Monsieur Kinomoto. D’autant plus qu’après la mort de son époux, ma fille a voulu mettre fin à ses jours en se jetant d’une falaise.

Co…comment a-t-elle survécu ? s’étonna Shaolan.

Personne ne sait…Des villageois l’ont retrouvée évanouie, mais indemne…Elle s’est réveillée quelques jours plus tard, apaisée et souriante. Elle affirme depuis que son époux lui a de nouveau sauvé la vie et demeure en son sein, afin de veiller sur elle…Mais cela ne reste pas le plus étrange, reprit Monsieur Kinomoto. Elle possède désormais le pouvoir de faire revenir les esprits des défunts, qui empruntent son corps pour contacter leur famille.

Elle est devenue une sorte de médium ? demanda Fye.

Oui. Mais appréciez donc cela par vous-mêmes. Les séances se passent chez moi et Sakura ne devrait pas tarder. »

En effet, Mademoiselle Li frappa à la porte, suivie d’un jeune homme.

Ce dernier avait perdu sa fiancée, Célia, tuée par les mercenaires il y a un an.

Ils entrèrent et saluèrent l’assemblée.

Mademoiselle Li regarda furtivement Shaolan, mélancolique.

Les deux jeunes gens prirent place l’un en face de l’autre.

La séance allait commencer.

Mademoiselle Li prit la main du jeune homme et lui demanda de se concentrer sur sa bien-aimée puis, elle ferma les yeux et baissa la tête.

Mokona s’écria alors :

« Mekyo ! » les yeux grands ouverts en pointant Mademoiselle Li de sa petite patte.

Une lueur grandissante émana de la poitrine de cette dernière.

« Na…Natsuo ? »

Ces paroles étaient bien sorties de la bouche de Mademoiselle Li, mais ce n’était plus là sa voix.

« Célia ? dit le jeune homme. Célia c’est toi ? C’est bien toi ?! »

Mademoiselle Li releva la tête.

Tous remarquèrent alors l’apparition de tâches de rousseurs sur son nez, en réalité propres au visage de Célia.

Ses yeux avaient également changé de couleur.

« Oui, c’est bien moi… Natsuo. » dit Célia, étant maintenant dans le corps de Mademoiselle Li.

Ce dernier serra les mains de sa fiancée dans les siennes, fou de joie.

Alors que Natsuo discutait avec sa défunte petite amie, Fye regarda Shaolan, soucieux.

La plume s’était retrouvée enfermée dans un endroit des plus difficiles à atteindre : le cœur, lieu où siègent sentiments et force vitale.

Même s’ils savaient désormais que celle-ci était logée dans le corps de Mademoiselle Li, comment allaient-ils faire pour la récupérer ?




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