TOUCH


    La Princesse se réveilla difficilement, l’esprit brumeux.Elle se recroquevilla sous la couverture, n’ayant guère envie de se lever. Mais le soleil était déjà au zénith. Le punch maison de Monsieur Kinomoto lui avait fait plus d’effet qu’elle ne l’aurait cru et elle réalisa qu’elle n’avait même pas ôté ses vêtements en se couchant.

   Elle sentit alors une présence dans son dos. Sakura se retourna et constata qu’elle n’était pas seule. Ses joues s’empourprèrent en voyant que Shaolan était allongé à ses côtés. Il n’avait pas pris la peine de se glisser sous les draps et s’était mis au lit tel quel, vêtu de ses habits de la veille. Elle resta quelques minutes à l’observer. Il dormait paisiblement, la bouche légèrement entrouverte, la poitrine remontant et descendant au rythme de sa lente respiration.

   Elle approcha une main de son visage et caressa du bout des doigts ses lèvres, avec suffisamment de délicatesse pour ne pas l’éveiller. Puis elle effleura les contours de son visage, le regard empreint de tendresse. La rudesse de sa peau malgré son jeune âge, les quelques marques laissées sur ses joues qui résultaient des derniers combats, la petitesse de son nez, le rebondi de sa bouche… En cet instant, il lui semblait que tout en lui n’était que volupté.

Shaolan émit un léger gémissement et fronça les sourcils. Elle reprit immédiatement sa position initiale, dos à lui et fit mine d’être assoupie. Il s’éveilla. Quelque chose l’avait tiré de son sommeil. Quelque chose de doux…comme…

Une caresse…pensa-t-il, en ouvrant les yeux.

   Mais la Princesse était immobile. Rien n’indiquait qu’elle avait bougé durant la nuit. Il nota cependant que sa respiration n’était pas régulière, mais saccadée. Sans doute faisait-elle un cauchemar. Shaolan tendit une main vers la chevelure de cette dernière et fit glisser quelques mèches entre ses doigts. Ses cheveux étaient si soyeux. Il réitéra son geste et s’aperçut que la respiration de la jeune fille s’accélérait. Il se redressa et se pencha en avant pour voir son visage. Elle dormait. Il décida de la laisser continuer sa nuit et sortit discrètement de la chambre.

   Lorsque la porte se referma derrière lui, la Princesse poussa un grand soupir. Elle pouvait sentir les battements de son propre cœur, tant ils étaient précipités et intenses. Pourquoi ce simple contact l’avait-il mise en émoi ?


o O o

  Après avoir déjeuné, Shaolan alla prendre l’air dans le jardin de Monsieur Kinomoto. Il leva les yeux vers le ciel et apprécia la chaleur du soleil.

Bientôt, se dit-il. Bientôt, j’aurais votre plume.

   Kurogane le rejoignit.

« Je me doute de ce que Mademoiselle Li t’a demandé, commença-t-il, l’air toujours aussi sérieux.

– Quoi ? s’étonna Shaolan.

– Je suis au courant. »

   Shaolan se sentit mal à l’aise. Il allait expliquer sa décision mais Kurogane l’interrompit :

« N’oublie pas petit, l’esprit de ce jeune homme ne fera qu’emprunter ton corps. Ce qui en découlera ne sera pas dû à ta volonté propre.

– Hum…

– Et le souhait de cette jeune fille est parfaitement humain. Alors…ne te sens pas coupable pour rien, dit-il en lui administrant une grande tape dans le dos.

– Mais, ne dites rien à la Princesse. Je ne veux pas qu’el…

– Ne t’en fais pas !
le coupa Kurogane. En revanche, ne perds pas de vue ce que je viens de te dire ! Ce ne sera pas « toi » et c’est sûrement la meilleure solution pour arriver à libérer la plume de son coeur. »

   Shaolan le remercia d’un regard empli de gratitude. Nos amis passèrent l’après-midi chez Monsieur Kinomoto. Mokona et Fye s’essayèrent au jardinage, tandis que Shaolan améliorait son maniement de l’épée avec Kurogane. La Princesse était assise sur les marches et fixait Shaolan. Que ressentait-elle pour lui ? De la reconnaissance, de l’amitié ? Non, son attachement était un peu plus fort que cela. Elle le trouvait de plus en plus attirant et aimait sa compagnie. Monsieur Kinomoto vint s’asseoir auprès d’elle.

« Vous vous êtes remise de votre soirée, mademoiselle ?

– Oh ! Oui, merci. Mais je ne sais plus du tout comment j’ai fait pour arriver jusque dans mon lit !
ajouta-t-elle, quelque peu honteuse.

– C’est Shaolan qui vous a ramenée !

– Quoi ?

– Il est rentré en vous portant dans ses bras car vous dormiez déjà à poings fermés !
dit-il en souriant. Il était tellement inquiet à votre endroit qu’il a veillé sur vous toute la nuit ! J’espère au moins qu’il aura réussi à se reposer quelques heures. »

   Voilà pourquoi il était là à son réveil.

   Monsieur Kinomoto s’attendrit en voyant Sakura rougir.

« Il a beaucoup d’affection pour vous. Vous me faites penser à mon gendre et à ma fille, lorsque leur relation débutait. »

   Une relation ? Quel genre de relation avait-elle avec Shaolan avant de perdre la mémoire ? Etaient-ils simplement amis ou…plus intimes ? A cette question, son esprit ne trouva malheureusement point de réponse.


o O o

    Au fur et à mesure que le soir approchait, Shaolan ne contrôlait plus son anxiété.

« Que se passe-t-il Shaolan, demanda Sakura. Tu parais agité ?

– C… ce n’est rien ! bafouilla-t-il. Je vais me promener. Ne m’attendez pas pour dîner. »

   Il s’apprêtait à franchir le seuil de la maison, mais la Princesse attrapa son bras.

« Tu es sûr que tout va bien ? Tu…tu ne me caches rien ? Hein ?

– Ne vous faites pas de souci,
répondit-il sans se retourner.

– Je peux t’accompagner ? »

   Il tourna la tête et la regarda dans les yeux, sans laisser transparaître ses émotions. La princesse ne sut comment interpréter son comportement. Il était si…froid. Il fit volte-face et la prit soudainement dans ses bras. Il resta quelques minutes ainsi, silencieux. Puis :

« Pas ce soir…Demain, nous ferons ce que bon vous semblera, Princesse. »


o O o

   Il défit son étreinte et sortit, sans ajouter un mot. Sakura le laissa partir, déconcertée.


o O o

   
Après quelques minutes de marche, Shaolan arriva enfin à destination.
Il frappa à la porte. Mademoiselle Li l’accueillit avec un grand sourire, rayonnante. Elle portait une robe bleue, très seyante bien que sobre dans ses motifs, faite dans un tissu si fin et vaporeux que l’on voyait distinctement les courbes de ses seins.

« Merci d’être venu !

– De…de… rien,
balbutia-t-il les joues rouges, ne pouvant détourner les yeux de sa poitrine.

– Tu veux boire quelque chose ?

– N…non, merci… Finissons en. Plus vite vous pourrez reparlez à votre fiancé, plus vite je… »

   Il se tut en apercevant la chambre de la jeune fille. Le lit était couvert de fleurs de lys, semblables à celles qu’elle avait le jour de leur rencontre. Mais le détail qui attira son attention fut la bouteille de vin et les deux verres posés sur la table de chevet. Son cœur se mit à palpiter.

« Ca ne va pas ? s’inquiéta-t-elle.

– V…vous ne comptez que…vous entretenir avec lui, n’est-ce pas ? demanda-t-il la voix chevrotante, une goutte de sueur perlant sur le front.

– Hein ?! Tu te moques de moi là ? »


A ces mots, le visage de Shaolan tourna rouge vif. Il se mit à transpirer plus que de raison, ses sourcils et ses lèvres commençant à trembler sous l’effet de la nervosité.
C’est avec difficulté qu’il osa de nouveau affronter le regard de Mademoiselle Li.

« Je…je ne pensais pas que…

– Mais ?! Dans quel monde vis-tu, Shaolan ?

– Je ne comprends pas ce qu…

– Que font à ton avis,
l’interrompit-t-elle en se jetant joyeusement dans ses bras, deux jeunes épousés dont les noces ont été célébrées ? »


Grand moment de solitude…

   Il lui sembla alors qu’un poids d’une tonne arborant l’écrit : « abruti fini » venait de lui atterrir sur le crâne.

 


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