THE TOMB


Il s’était enfin réveillé.

Son pouvoir qui avait grandi au fur et à mesure des années lui en avait donné les capacités.

Mais il n’était pas arrivé à temps.

Malgré l’aide de cette jeune femme brune aux cheveux bouclés qui lui avait permis de rencontrer la Sorcière des Dimensions, toutes les plumes s’étaient déjà dispersées.

Lui qui était revenu à la vie pour en être de nouveau le Gardien, il avait échoué dans sa tâche.

Un homme avait profité de la mort de son protecteur, Clow Lead, pour le kidnapper.

Retenu captif et plongé dans un état léthargique pendant dix ans, il n’avait pu être présent le jour de la délivrance.

Ce sombre individu nommé Fei Wang Lead avait même osé cloner son corps lorsqu’il était encore un enfant, pour s’emparer des plumes qu’il était le seul à pouvoir contrôler.

La seule raison de vivre de cette pâle copie était de récupérer cette magie pour le compte de son créateur.

Il avait heureusement réussi à insuffler une partie de son âme et de son aura dans cette enveloppe charnelle, lui conférant le comportement normal d’un être humain.

Aujourd’hui il était devenu un jeune homme et s’était finalement vengé de son emprisonnement en tuant son bourreau de ses mains.

Comment un aussi grand nécromancien et Roi de son état tel que Clow Lead avait-il pu se tromper à ce point dans ses prédictions ?

A l’époque, le Souverain avait même accepté les conditions de cette Sorcière pour la réalisation de son souhait.

La moitié de sa force vitale contre la réincarnation du jeune homme, réduisant ainsi considérablement sa propre espérance de vie.

Puis il avait donné une goutte de son sang pour lui créer un nouveau corps et le faire renaître.

L’enfant était ainsi devenu un descendant de la lignée des Clow, héritant d’une partie de la magie de cette illustre famille, en plus de ses propres compétences.

Le noble Seigneur l’avait élevé jusqu’à sa mort dans le plus grand secret, l’entourant de sa bienveillance et de sa chaleur humaine.

Nul n’avait su son existence.

Mais comment ce père de deux enfants avait-il pu se comporter avec autant de générosité et de gentillesse à son encontre ?

Lui qui avait pour mission d’éradiquer la force maléfique de sa progéniture en l’emprisonnant vivante dans ces vestiges adjacents au royaume, la condamnant ainsi à une mort cruelle.

OoOoOoOoO

Ces ruines étaient un mausolée édifié en vertu d’une Reine nommée Néis, autrefois vénérée comme une déesse et appartenant à une lointaine contrée.

Cette dernière était douée d’un immense pouvoir et avait trouvé le moyen de modifier son métabolisme et ralentir le vieillissement de son organisme.

A l’âge de 150 ans, elle avait l’apparence d’une jeune fille de dix-sept ans.

Elle avait toujours cru en l’existence d’autres mondes et avait finalement trouvé le moyen d’y accéder, après de longues années de travail pour intensifier sa puissance.

Elle s’était créée des ailes en concentrant sa magie dans une plume ordinaire et en fusionnant avec elle.

Mais l’âge ne l’avait pas assagie car elle avait depuis longtemps perdu de vue ses priorités de Reine.

Elle ne se souciait plus de son peuple et passait son temps à parcourir les différentes dimensions se réjouissant de chaque nouvelle découverte qu’elle faisait.

Mais un compagnon manquait à sa vie pour rompre sa solitude lorsqu’elle revenait dans son monde.

Elle avait donc créé à partir d’une de ses plumes celui qui allait devenir son amant occasionnel et l’avait élevé au rang de Monarque.

Il avait suivi ses instructions en veillant sur le respect des lois en son absence mais il avait été touché par cette populace criant famine et abandonnée.

D’autant qu’elle s’était montrée d’une extrême cruauté depuis son dernier retour de voyage.

Elle avait décidé d’organiser chaque semaine pour se distraire la torture d’un de ses sujets, choisi au hasard parmi son peuple.

Elle aimait de plus en plus la vue du sang et se délectait de voir la vie quitter le corps d’une personne, elle qui ne verrait pas sa propre mort avant de nombreuses années.

Il avait beau l’aimer profondément, la situation ne pouvait plus durer.

Il avait accepté en secret la requête de ses ministres qui souhaitaient changer de Souveraine, ce qui ne pouvait se faire tant que la précédente était encore en vie.

Le jeune homme était doté d’une puissance identique à celle de sa Reine car il était né de sa magie.

Il était donc le seul capable de lui faire face et la maîtriser

Pas un seul instant il n’avait songé à la laisser quitter seule le monde des vivants.

Même si cela signifiait pour lui d’endurer les pleurs et les cris de souffrance de sa bien-aimée, jusqu’à ce que mort s’en suive.

Il serait le Gardien de ce pouvoir détenu par ces plumes qui avait aliéné l’esprit de sa compagne, afin que nul autre n’en subisse les conséquences.

Il avait sacrifié son amour pour la survie de son peuple.


OoOoOoOoO

La famille Clow avait fondé la ville dans ce pays désertique il y a 200 ans.

Elle n’avait trouvé que récemment les ruines attenantes à la communauté et Clow Lead en avait immédiatement ordonné les fouilles.

Les archéologues y avaient découvert une petite pièce au sous-sol, aux portes richement décorées et dont l’entrée était restée intacte.

D’apparence plus vétuste que le reste, elle semblait avoir été construite en première et le temple érigé autour d’elle quelques années plus tard.

En déchiffrant les motifs peints sur les murs, ils en avaient déduit que c’était là une chambre funéraire.

Personne n’avait osé profaner cet endroit, pas même les nombreux pilleurs de tombes présents depuis des millénaires dans la région.

Aveuglés par leur enthousiasme, ils ne s’en étaient pas inquiétés davantage.

En y pénétrant, ils avaient été surpris de trouver un cadavre de la taille d’un jeune homme encore à l’état de putréfaction, comme si une quelconque magie avait décéléré sa décomposition.

Le temps semblait s’être écoulé plus lentement en ces lieux.

Il était allongé sur une immense pierre tombale, le corps recroquevillé en chien de fusil.

Il était mort les mains plaquées sur ses oreilles, comme s’il n’avait plus voulu entendre le son de quelque chose en particulier.

Un symbole était brodé sur sa tunique au niveau de la poitrine, rappelant la forme singulière du gigantesque monument qu’ils avaient déterré.

Cela ressemblait à des ailes.

Ce même emblème était gravé dans la dalle funéraire sur laquelle il reposait.

Les chercheurs avaient réussi à pousser la lourde pierre pour ouvrir la tombe.

Ils avaient été stupéfaits d’y découvrir la dépouille d’une femme dans le même état que le précédent défunt, accompagnée d’une centaine de plumes.

A quel genre de cérémonie mortuaire avait-elle eu droit ?

Mais la manière dont était disposé son corps avait attiré leur attention.

Ils étaient descendus à l’aide d’une échelle pour l’examiner de plus près et avaient remarqué des traces de sang séché sur les murs.

Et en inspectant plus attentivement les cloisons de ce caveau, ils avaient trouvé des ongles restés accrochés aux parois.

Leur conclusion fut sans appel : elle était encore en vie le jour où on l’avait mise sous terre.

Elle avait vainement essayé à plusieurs reprises d’atteindre la pierre qui recouvrait son tombeau.

La jeune femme avait utilisé la seule force de ses mains pour s’agripper aux quelques fines aspérités du mur qu’elle pouvait rencontrer, s’arrachant les ongles au passage.

Les archéologues avaient considéré sa mort lente et atroce avec peine.

Le Roi avait employé son don pour interroger ces morts d’un autre temps et connaître l’avenir.

Bon nombre de visions funèbres lui étaient alors apparues.

Il avait vu le jeune homme enterrer vivante sa bien-aimée à l’aide de sa magie et exiger qu’on l’emmure avec elle, ne pouvant se résigner à l’abandonner seule à son triste sort.

Ses cris larmoyants lui avaient déchiré le cœur mais il ne devait pas la libérer.

Il avait su qu’elle tentait de se hisser jusqu’à l’ouverture de sa sépulture car il avait entendu ses plaintes lorsqu’elle chutait.

Mais le plus insoutenable était quand elle se mettait à pleurer en murmurant doucement son prénom, lui affirmant inlassablement son amour sans jamais attendre de réponse.

Car elle n’avait jamais su qu’il était resté à ses côtés pour l’accompagner dans le berceau impénétrable de la mort.

Leur supplice avait duré un mois entier à cause de leur métabolisme qui retardait la dégradation de leur corps.

Elle était morte découragée et sanglotante, mais son cœur était empli de haine lors de son dernier souffle.

Ses plumes s’étaient abreuvées de son fiel augmentant ainsi leur force et transformant définitivement leur pouvoir d’origine pure en un puissant maléfice pour quiconque les posséderait toutes à nouveau.

Et pour son plus grand malheur, le Roi Clow Lead avait également eu un aperçu de l’avenir de sa fille.

Ayant une aura similaire à cette ancienne Reine les plumes désormais libérées la choisiraient comme nouvelle maîtresse, emprisonnant son âme et sa raison au plus profond de son être.

A cause de ses pouvoirs magiques, elle pourrait devenir une véritable arme de guerre humaine, dénuée de volonté et obéissant à qui la commanderait.

Elle serait une proie facile pour n’importe quelle personne assoiffée de nouvelle conquête territoriale en ce monde ou dans un autre, auxquelles les plumes pourraient aisément la faire accéder.

Le Souverain aurait pu ordonné que l’on referme ce sépulcre dans l’instant mais il était trop tard, car un des archéologues avait déjà offert une de ces plumes à la Princesse, alors âgée de deux ans.

La plume avait fusionné avec elle et attendait patiemment le jour où son corps pourrait supporter le poids de ses congénères, délivrant ainsi leur puissance entière.

Et rien ne pouvait empêcher leur future réunification.

En désespoir de cause, Clow Lead avait donc souhaité la réincarnation du Gardien des plumes auprès de la Sorcière des Dimensions au sacrifice de sa vie.

Il avait pris soin de lui et l’avait élevé comme un fils.

L’enfant avait conservé les souvenirs de son ancienne vie et toutes ses compétences magiques, excepté une : le lent vieillissement de son corps, qui aurait retardé sa croissance.

C’était la condition que Clow avait imposé à la Sorcière avant de lui céder la moitié de sa force vitale.

L’enfant devait grandir comme n’importe lequel de ses semblables

Il serait ainsi en mesure d’utiliser pleinement ses capacités le jour où ce drame arriverait.

Car le Roi préférait voir sa fille morte plutôt que de la savoir objet de désolation et certainement esclave sexuelle d’un homme aux ambitions démesurées.

Le Seigneur l’avait fait revenir à la vie dans ce but et Shaolan était affligé de son échec.

Il devait maintenant récupérer ce qui lui appartenait et prendre la place de ce double.

Il les avait observés depuis le début, regardant impassiblement leurs ébats nocturnes.

Il n’avait pas pu discerner les traits de la jeune fille avec laquelle son clone avait fait l’amour car sa vision était gênée par d’épais rideaux.

Peu lui importait combien de temps il lui fallait l’attendre.

Il ne s’en irait pas tant qu’il était encore dans cette maison, quitte à y passer la nuit.

Soudain, il entendit des pas se rapprocher de lui.

Il se cacha immédiatement car personne ne devait le voir tant que « cela » ne serait pas fait.

C’était une jeune femme revêtue d’une longue mante.

Elle frappa trois fois à la porte mais n’obtint pas de réponse.

Elle s’approcha donc discrètement de la fenêtre.

Quelque chose en elle lui était familier.

Cette aura…

Il était certain que la jeune personne qui se tenait devant lui sans le voir était la fille de Clow car il pouvait sentir les plumes en elle.

Son aura avait une intensité similaire à celle de Néis, sa défunte Souveraine.

Il savait simplement qu’elle s’appelait Sakura mais ne l’avait jamais encore rencontrée.

Elle rabattit sur ses épaules le capuchon qui masquait son visage.

Son cœur s’arrêta de battre pendant une seconde lorsqu’il découvrit son visage.

Il ne s’était vraiment pas attendu à cela.

Elle ressemblait à son ancienne Reine telle une parfaite jumelle.

Son choc fut tel qu’il commença à se demander s’il arriverait à l’exécuter comme prévu.

Il aurait l’impression de la tuer une deuxième fois.

La Princesse n’était pas arrivée à dormir et avait décidé d’aller à la rencontre de Shaolan.

Il n’était pas encore rentré ce qui l’inquiétait beaucoup.

Peut-être était-il allé voir Mademoiselle Li ?

Arrivée devant sa maison, elle frappa à la porte mais personne ne vint lui ouvrir.

Il y avait pourtant de la lumière dans la chambre au rez-de-chaussée.

Elle tenta de discerner quelque chose à travers l’épaisse étoffe qui recouvrait l’intérieur des vitres, mais le faible éclairage des bougies ne lui facilitait pas la tâche.

Elle rougit lorsqu’elle réussit à voir deux corps nus enlacés et se sentie gênée de s’être immiscée dans l’intimité de Mademoiselle Li malgré elle.

Elle était sur le point de rebrousser chemin quand un détail la chiffonna.

Le garçon s’était levé et était en train de se rhabiller.

Elle connaissait cette silhouette pour l’avoir vue tous les jours depuis plusieurs mois.

Ses yeux s’embuèrent de larmes et elle plaqua une main contre sa bouche pour étouffer un sanglot.

Le jeune homme quitta la chambre et ouvrit la porte d’entrée pour sortir de la maison.

Il se retourna et son corps se figea sur place lorsqu’il croisa le regard attristé de la Princesse.

La stupeur et l’embarras pouvaient distinctement se lire sur le visage de Shaolan.

« Sa…Sakura ?! Qu’est-ce que tu fais là ?!! »
















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