La 7ème Rose

 

La légende raconte qu’il y a bien longtemps, sept Divinités régnaient avec sagesse sur le Septième Monde. Ils étaient les représentants des Sept Eléments qui maintiennent l’Harmonie en toute chose. En ce temps, la paix et le bonheur étaient les maîtres mots de ce monde, et la beauté était omniprésente. Nulle laideur, nulle vilenie n’existait alors. Et parmi tout cela, magnificence du Septième Monde, se cachaient au cœur d’une lumineuse forêt les Jardins de Nacre, palais des Dieux dédiés à la Nature et à l’Harmonie.

Mais un jour, survint un être, noir d’apparence et de cœur, si noir qu’à ses côtés la lumière semblait diminuer. L’Être Noir imposa sa volonté et rompit le fragile équilibre du Septième Monde. Les forêts brûlèrent, les lacs s’asséchèrent, les jardins fanèrent, et les villages se dépeuplèrent. Les terres, devenues arides et craquelées, n’étaient plus que landes de désolation. Les Jardins de Nacre furent pillés et laissés à l’état de ruines. Jamais on ne revit les Sept Divinités.

Aujourd’hui ne subsistent plus que les Sept Mythes sacrés du Septième Monde, dans la mémoire des survivants…

 

1ère Rose : Rose Rubis

Prologue

L’histoire rapporte qu’un jeune homme fit preuve de courage face aux flammes de l’Enfer.

Il était originaire du petit village voisin d’une montagne paisible. Sa vie n’était faite que de choses simples, partagée entre le travail de la terre et les fêtes, ou les longues excursions qu’il se plaisait à faire sur les flancs de la montagne, seul, en paix avec lui-même. Il nourrissait pour la fille du seigneur de la cité des sentiments profonds et secrets, mais il savait tout espoir vain et connaissait l’aversion du seigneur à son égard, aussi s’exilait-il souvent dans les hauteurs pour échapper aux regards des gens. Il se sentait mieux ainsi, pour penser à la demoiselle de son cœur, en paix.

Cette montagne avait été baptisée l’Enfer, mais tous avaient depuis bien longtemps oublié l’origine de ce nom. Très peu de gens l’approchaient. Nul ne sait s’ils agissaient ainsi par peur ou seulement par désintérêt pour le paysage. Ils ne semblaient s’inquiéter de rien, et ce sommet était pour eux un élément familier et rassurant du décor. Pourtant, il vint un jour où, pour la première fois depuis des siècles, l’Enfer fit trembler la terre. Les villageois refusèrent de voir les signes, ou ne surent pas les interpréter, et la panique les gagna rapidement lorsque l’Enfer cracha ses premiers jets de lave rougeoyante.

Mais alors qu’ils fuyaient tous la ville, le seigneur, lui, errait d’un air hébété entre les gens, en saisissait un par l’épaule qui se dégageait aussitôt et continuait sa course, terrifié. Il répétait « Ma fille, ma fille… » Entendant cela, le jeune homme s’arrêta et conseilla à sa mère de continuer sans lui. Le seigneur n’avait jamais daigné baisser le regard sur ce jeune paysan amoureux de sa fille, mais il saisit son bras en le suppliant de la retrouver, et de la sauver. Calmement, bien qu’inquiet pour celle qu’il aimait, il promit.

Il la chercha longtemps. Le ciel avait déjà sombré dans la nuit, après une projection de cendres noires qui cachaient le soleil, et l’on voyait descendre le long de l’Enfer de longues coulées rouges comme un feu noir. Et là il la vit. Au cœur de l’avalanche dévastatrice. Fines silhouette noire au milieu d’un rougeoiement effroyable. Il n’hésita pas une seconde et vola à son secours, bravant la lave et la cendre, le cœur battant et les poumons en feu. Guidé uniquement par le cri de son aimée.

Le volcan avait mérité son nom.

L’on dit aujourd’hui que quiconque brave les plus mortelles flammes pour l’amour d’une belle demoiselle garde à jamais en son cœur un peu de l’âme de ce jeune homme. Ainsi se perpétue la mémoire de celui qui osa affronter l’Enfer.

Il portait le nom de Rubis…